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SOUDAN: Le temps de laisser les filles rester filles, pas des mariées

    By Reem Abbas

    KHARTOUM, 23 juil (IPS) – Des avocats et activistes des droits appellent à un changement des lois du Soudan qui autorisent le mariage des filles ayant jusqu’à 10 ans.

    Il est temps, affirment-ils, que les lois du Soudan reconnaissent l'égalité des sexes pour que les filles et les jeunes femmes du pays puissent prendre le contrôle de leur vie et laisser derrière le cycle du mariage des enfants et de leur maltraitance.

    "Les (activistes) préconisent un changement des lois sur le statut personnel puisqu'elles discriminent les femmes et visent à les garder dans le ménage", a déclaré Khadija Al-Dowahi, de l'Organisation soudanaise pour la recherche et le développement (SORD), qui mène des recherches sur le mariage des enfants.

    La Loi 1991 sur le statut personnel des musulmans au Soudan n'accorde pas aux femmes des droits égaux. Elle favorise également le mariage des enfants. L'article 40 de la loi sur le statut personnel fixe l'âge minimal pour le mariage et indique en effet qu'une fille de 10 ans peut être mariée "avec la permission d'un juge".

    "Les lois sur le statut personnel stipulent essentiellement que les filles peuvent se marier quand elles sont assez âgées pour pouvoir comprendre les choses… mais vous pourriez facilement dire que les filles comprennent les choses à l'âge de 10 ans", a souligné Al-Dowahi à IPS.

    En outre, le Soudan n'a pas ratifié la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

    Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance estime qu'un tiers des femmes soudanaises aujourd’hui âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant l'âge de 18 ans. Dans les zones rurales, où le problème est plus persistant, le mariage des enfants a atteint 39 pour cent contre 22 pour cent dans les zones urbaines.

    Une visite à l'hôpital de Khartoum montre clairement et simplement comment le phénomène du mariage des enfants est généralisé au Soudan. A l'intérieur, il y a toute une salle pour la fistule obstétricale – les patientes là-bas sont principalement de jeunes mères dont les corps sont trop peu développés pour leur permettre d’accoucher, les prédisposant à développer la fistule.

    Amel Al-Zein, un avocat qui a fait des recherches sur la question du mariage des enfants, est très critique à l’égard des lois du pays sur le statut personnel.

    "Contrairement à d'autres pays de la région ou aux pays islamiques en soi, elle (la loi) ne précise pas un certain âge pour le mariage, qui est la seule garantie pour contrôler le mariage des enfants", a déclaré Al-Zein à IPS.

    Al-Zein a affirmé que les femmes ne pouvaient pas aller devant les tribunaux pour obtenir le divorce ou entreprendre une action en justice quelconque avant l'âge de 18 ans, ce qui contredit le fait de marier des filles âgées de 10 ans.

    "Lorsque nous avons démarré la recherche sur les questions de la justice de genre, nous avons commencé à voir comment le mariage des enfants est lié à plusieurs problèmes rencontrés par les femmes; les femmes vont devant les tribunaux pour disputer la garde des enfants et obtenir un divorce seulement pour découvrir comment ces lois sont terribles et discriminatoires", a expliqué al-Dowahi, dont l'organisation a proposé des réformes aux lois.

    La SORD a créé récemment un centre d'aide juridique pour les femmes victimes de discrimination de la part des lois sur le statut personnel. Jusque-ici, 46 cas sont arrivés au centre depuis sa création il y a trois mois.

    Pendant ce temps, le Conseil des savants du Soudan, un organisme religieux prestigieux, est en train de causer de la controverse. En 2012, lorsque son secrétaire général, le professeur Mohamed Osman Salah, s'est prononcé en faveur du mariage des enfants, les activistes sont devenus furieux.

    Salah a déclaré à la presse en octobre 2012: "L'islam encourage les jeunes à se marier pour les sauver de la perversion ou des dangers d'être célibataires, de les rendre heureux et de préserver la reproduction".

    Ce ne sont pas tous les savants religieux qui partagent l'avis de Salah. C'est principalement parce que le mariage des enfants au Soudan est une conséquence des traditions sociales et culturelles, pas seulement des valeurs religieuses.

    Sarah Mohamed*, par exemple, a été mariée à 13 ans parce que le collège le plus proche pour les filles était trop loin de son village – le manque d'accès à l'éducation rend les parents moins disposés à garder les filles à la maison.

    Ce n'est pas un âge inhabituel pour se marier dans son petit village de Karko, qui se trouve dans le Sud-Kordofan.

    "Je me souviens de comment je me sentais confuse, je n'avais aucune idée de ce que c'est que le mariage, j'étais une enfant", a déclaré Mohamed à IPS, qui a eu 30 ans il y a quelques semaines et a maintenant cinq enfants.

    Elle a eu son premier enfant à l’âge de 16 ans et aujourd'hui, très peu de gens peuvent croire qu'elle a un fils au collège.

    Rana Ahmed* a eu une expérience différente. Elle avait 15 ans quand sa mère a découvert qu'elle sortait avec un garçon de son quartier; après elle l’a surprise en train de lui parler au téléphone.

    "Elle était très énervée et m'a dit qu'elle me trouverait un mari avant que je ne fasse quelque chose de vraiment mauvais. Elle a ajouté que cela m’amènerait à cesser de m’amuser", a indiqué à IPS, Ahmed qui a 24 ans aujourd’hui.

    Son mari, qui bouclait ses 30 ans à l'époque, a amené Rana à l'étranger, où il a travaillé en tant que médecin, pendant cinq ans. Quand ils sont retournés au Soudan, avec ses deux jeunes enfants, elle a estimé qu'elle voulait vivre à nouveau.

    "J'étais ennuyée et frustrée dans ma vie, je voulais vivre ce que les filles de mon âge expérimentent. Je voulais avoir la liberté de sortir avec des hommes", a déclaré Ahmed qui est maintenant divorcée.*Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des personnes.

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