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SOUDAN-SOUDAN DU SUD: La région d’Abyei reste une pierre d’achoppement

    By Charlton Doki

    JUBA, 5 oct (IPS) – La pression des groupes ethniques le long de la frontière, les problèmes de sécurité, et un vif intérêt pour des ressources comme le pétrole et la terre font qu’il est difficile pour le Soudan et le Soudan du Sud de régler leur différend sur la région fertile d'Abyei riche en pétrole, et de démarquer leur frontière commune.

    S’exprimant en Turquie lundi, le premier vice-président soudanais, Ali Osman Taha, a appelé à un référendum pour résoudre la question. Pendant les négociations la semaine dernière dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, les présidents Omar el-Béchir du Soudan et Salva Kiir du Soudan du Sud – le plus jeune Etat au monde – ont signé des accords économiques et de sécurité qui permettront une reprise des exportations de pétrole à partir du Soudan du Sud. Cependant, aucun accord sur Abyei n’a été conclu.

    Le Panel de mise en œuvre de haut niveau de l'Union africaine (AUHIP), qui assure la médiation entre les deux pays, a présenté des propositions sur le statut final d'Abyei le 21 septembre.

    Ces propositions comprennent un appel au Soudan à reconnaître Abyei comme une terre historique des Dinka Ngok – le plus grand groupe ethnique au Soudan du Sud, qui est devenu une nation indépendante en juillet 2011 – et leur droit à la participation civique et politique et à la protection des droits individuels.

    Juba a accepté ces propositions de l'Union africaine. Mais Khartoum les a rejetées, affirmant que les médiateurs n’ont pas reconnu le droit du groupe ethnique arabe nomade des Misseriya à participer à un référendum sur le statut final d'Abyei.

    "Je pense qu'il est difficile pour les deux gouvernements de renoncer à Abyei en raison de la nécessité de satisfaire les besoins des groupes ethniques sur cette frontière", a déclaré à IPS, Dr Leben Nelson Moro, professeur des études de développement à l'Université de Juba.

    Depuis des siècles, les nomades arabes de l'Etat du Sud-Kordofan, au Soudan, font paître leurs animaux à Abyei, où le pâturage et l'eau sont disponibles même pendant la saison sèche. Mais les Dinka Ngok, les habitants traditionnels de la région, considèrent cette terre comme la leur depuis des temps immémoriaux.

    "Les autorités de Khartoum veulent satisfaire les intérêts des Misseriya", a indiqué à IPS, Egbert Wesselink de la Coalition européenne sur le pétrole au Soudan. "Elles ne veulent pas s'aliéner ces gens".

    Mais, a-t-il ajouté, "Abyei est une question de survie pour le peuple Dinka Ngok au Soudan du Sud. Il y a environ 10 ans, il a été organisé une réunion des anciens Dinka Ngok et ils avaient décidé ceci: 'donnons le pétrole au nord et gardons la terre'. Cela signifie pour ces gens que c'est la terre qui compte plutôt que le pétrole".

    Après l'indépendance du Soudan en 1956, le nord en majorité arabe et musulman et le sud essentiellement chrétien et animiste se sont combattus en deux guerres civiles. La plus récente a duré plus de deux décennies, et environ deux millions de personnes ont été tuées et quatre millions déplacées avant qu'un traité de 2005 n’ait mis fin au conflit en divisant le pays en deux.

    Bien que les deux pays soient d’accord sur 75 à 80 pour cent de leur frontière, sur la base d’une carte établie en 1956 par le gouvernement colonial d'alors de la Grande-Bretagne, la démarcation effective n'a pas eu lieu.

    Les deux gouvernements sont sous pression des communautés situées le long de la frontière, qui veulent être rassurées qu'elles seront toujours autorisées à traverser pour se rendre de l'autre côté.

    Khartoum est particulièrement préoccupé par les points de vue des communautés nomades situées le long de la frontière, qui veulent des garanties qu'elles seront autorisées à faire paître leurs animaux dans les zones disputées.

    "La délimitation d'une frontière n'est pas en phase avec la façon dont les gens vivent dans les zones frontalières", a souligné Wesselink.

    Juba est sous une pression semblable de la part des communautés frontalières. "Par exemple, les gens du comté de Pariang (dans l'Etat d'Unity) croient que la région productrice de pétrole de Panthou (où se trouve le champ pétrolier d'Heglig) est leur territoire", a déclaré Moro. "Alors, le gouvernement du Soudan du Sud estime qu'il a la responsabilité d’œuvrer pour les intérêts de ces gens".

    L’autre facteur qui entrave le règlement des différends et la démarcation de la frontière se rapporte aux problèmes de sécurité des deux côtés, mais en particulier au Soudan, qui lie la sécurité des zones frontalières disputées à sa propre survie.

    "Les tribus pastorales arabes des Rezeigat, Misseriya et des Baggara se sentent déjà marginalisées par Khartoum. Les dirigeants (du Soudan) sont conscients de cela et veulent protéger les intérêts de ces personnes", a expliqué Edmong Yakani, coordinateur de l’Organisation de renforcement des capacités des communautés pour le progrès (CEPO), une organisation non gouvernementale locale qui a étudié les relations entre les communautés situées le long de la frontière.

    "Khartoum pense que si la frontière est délimitée et que les pâturages finissent par faire partie du Soudan du Sud, alors il y a un danger que les tribus qui lui sont alliées se sentent marginalisées et abandonnées par Khartoum. Etant donné que Khartoum combat déjà les rebelles du Mouvement de libération du peuple soudanais-Nord (SPLM-N) dans le Nil Bleu et au Sud-Kordofan, il tient à ne pas offenser d’autres groupes ethniques, pour éviter une autre rébellion", a affirmé Yakani à IPS.

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