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SRI LANKA: Des innovations créent l’espoir dans le nord touché par la pauvreté

    By Amantha Perera

    ODDUSUDDAN, Sri Lanka, 26 août (IPS) – Dans ce bassin poussiéreux d'un village situé profondément à l'intérieur de l’ancienne zone de conflit au Sri Lanka, les habitants demanderont un jour aux visiteurs de se frotter les paumes contre le sol et de regarder leur peau prendre immédiatement sur une couleur de bronze foncé, preuve de la fertilité du sol.

    Selon la connaissance villageoise à Oddusuddan, situé dans le district de Mullaitivu, à environ 338 km au nord de Colombo, la capitale, la terre est si fertile que l’importe quelle culture peut se développer ici. Mais Mashewari Velupillai, une mère célibataire de 53 ans, sait que des terres agricoles riches seules ne suffisent pas pour assurer un avenir viable.

    Environ 30 ans de guerre civile dans la province du Nord, où les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), séparatistes, ont été vaincus par les forces gouvernementales en mai 2009, ne sont pas facilement oubliés, et cinq années de paix n'ont pas encore entraîné la prospérité pour beaucoup d’habitants de cet ancien champ de bataille.

    Des projets visant à fournir l'aide et des opportunités d'emploi pour les civils et les combattants réhabilités sont rares, et plusieurs villageois disent à IPS que la survie dans la zone dépend de la pensée créative à profiter des rares options de génération de revenu disponibles.

    Au moins 30 pour cent de la population de la province tire leur revenu de l'agriculture ou des domaines connexes, et 10 mois de sécheresse fait des ravages chez les agriculteurs qui ont tendance à se concentrer sur une seule culture.

    Après avoir pris un crédit financier de 50.000 roupies (384 dollars) suite à une mauvaise récolte en 2013, Velupillai a diversifié la parcelle de deux hectares qui entoure sa maison à moitié construite et y a planté tout, des oignons au manioc, aux aubergines et au tabac, en passant par les bananes.

    En outre, elle a mis en baille ses deux hectares de rizière, et embauche des ouvriers par intermittence pour s’occuper de sa récolte.

    La culture la plus rentable pour Vellupilla est le tabac; une seule feuille de bonne qualité se vend à environ 10 roupies (0,77 dollar), lui procurant un revenu d'environ 10.000 roupies (environ 76 dollars) par mois.

    "Je ne peux pas prendre le risque de dépendre d'une seule source de revenu; je dois être sûre que j'ai des alternatives", déclare-t-elle à IPS, citant des cas de villageois dans la région victimes d'un marché d'acheteurs, comme c’était le cas en 2011 lorsque la plupart des habitants d’Oddusuddan ont cultivé des aubergines et ont été forcés de vendre leurs récoltes à des prix très bas puisque les acheteurs venus de la ville de Vavuniya, 60 km au sud, manipulaient le marché.

    Plus de 400.000 personnes comme Vellupillai se sont retournés dans le nord après avoir fui les derniers jours de combats entre les forces armées et les LTTE.

    Depuis ce temps, le gouvernement a déboursé plus de trois milliards de dollars dans de grands projets d'infrastructure dans la région, y compris des chemins de fer, de nouvelles routes et des systèmes d'électrification.

    Mais malgré ces chiffres impressionnants, la vie en général demeure difficile. La pauvreté est endémique, selon les derniers chiffres du gouvernement publiés pour le premier trimestre de cette année.

    Quatre des cinq districts qui composent la province ont enregistré des taux plus élevés que la moyenne nationale de 6,7 pour cent.

    Trois d'entre eux – Kilinochchi, Mannar et Mullaittivu – ont enregistré des taux de pauvreté de 12,7 pour cent, 20,1 pour cent et 28,8 pour cent respectivement, selon le dernier rapport sur la pauvreté par habitant publié par le gouvernement en avril. Les experts disent que cela n'est pas une surprise, puisque ces districts ont été les plus durement touchés par la guerre, et souffrent des pires de ses impacts à long terme.

    Le chômage reste également au-dessus des niveaux nationaux. Il n'existe pas de chiffres officiels pour les taux de chômage dans la province du Nord, mais dans les deux districts où des chiffres sont disponibles – Kilinochchi, 9,3 pour cent et Mannar, 8,1 pour cent – ils étaient plus de deux fois supérieurs au taux national de quatre pour cent.

    Les économistes qui travaillent dans la région estiment que le chômage pourrait atteindre 30 pour cent dans certaines parties de la province.

    L’absence de logements appropriés s’ajoute aux problèmes dans le nord, avec seulement 41.000 des 143.000 maisons requises en train d’être remises aux habitants qui retournent dans la zone, alors qu’environ 10.500 maisons sont encore en construction.

    Selon ONU-Habitat, le financement initial était pour 83.000 unités, y compris celles qui sont déjà construites, mais aucun fonds n’est disponible pour les 60.000 maisons restantes.

    "Ceux qui peuvent faire marcher la situation pour eux, ou utiliser ce dont ils disposent [...] s'en tireront mieux", a indiqué à IPS, Sellamuththu Srinivasan, le secrétaire de district supplémentaire pour le district de Kilinochchi.

    C'est précisément ce qu’a fait Velupillai Selvarathnam, un ancien conducteur de camion originaire de Mullaitivu.

    Depuis la fin de la guerre, il loue un petit véhicule et fait la navette entre Colombo et sa ville natale, parcourant une distance de plus de 300 km par semaine pour amener des vêtements de prêt-à-porter de la capitale à sa petite boutique située près de la ville de Puthukkudiyiruppu.

    "Je peux faire un bénéfice de 25.000 roupies [environ 192 dollars] par mois", a-t-il confié à IPS.

    C'est beaucoup d'argent, surtout si cela est constant dans un district qui est l'un des cinq plus pauvres dans le pays et où le revenu moyen mensuel est inférieur à 4.000 roupies (environ 30 dollars).

    Selvarathnam, qui a une profonde cicatrice à la poitrine causée par une blessure à la coque, déclare à IPS: "Vous devez faire les choses vous-même sinon il n'y aura pas d'argent". Son prochain objectif est de voyager en Inde pour acheter des vêtements en gros, afin de pouvoir réduire davantage les coûts.

    Comme lui, Velvarasa Sithadevi, une autre habitante d’Oddusudan, a les mains pleines. Elle doit prendre soin d'un fils de 25 ans qui souffre de névrose de guerre et un mari qui n’est encore remis de ses blessures de guerre.

    Quand la famille a reçu une subvention de 25.000 roupies (192 dollars) de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés dès leur retour dans leur village d'origine en 2011, Sithadevi a investi l'argent dans la création d'une petite boutique. "Nous vivons dans l'ombre, c’est assez pour nous", a-t-elle déclaré à IPS.

    Sithadevi est une bonne cuisinière, et vend des produits alimentaires dans sa boutique au bord de la route. "C'est une bonne affaire, en particulier lorsqu’il y a des gens qui travaillent sur les routes et [sur] d’autres [chantiers] de construction", a-t-elle indiqué, ajoutant qu'elle gagne environ 4.000 roupies (30 dollars) par jour.

    Mais pour chaque modèle de réussite individuelle, il y a des milliers d'autres qui sont incapables de sortir du cycle étouffant de la pauvreté dans la région.

    Fonctionnaire, Srinivasan a dit que si l'aide augmentait, toute la situation s'améliorait. Toutefois, il est peu probable que cela se produise de sitôt.

    "L'option suivante est d'attirer l’investissement du secteur privé [...]. Nous discutons avec des entreprises dans le sud, il y a des progrès, mais il nous faut que plus d'entreprises viennent", a-t-il souligné.

    Edité par Kanya D’AlmeidaTraduit en français par Roland Kocouvi

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