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SWAZILAND: Des puits artésiens partout…mais pas une goûte d’eau à boire

    By Mantoe Phakathi

    MBABANE, 27 mars (IPS) – Chaque jour, depuis quatre ans, Tintfombi Msibi, 52 ans, est obligée de passer devant le puits artésien dans son village d’Ekuphakameni, l'un des localités rurales les plus arides dans le sud du Swaziland, pour chercher de l'eau à boire dans un ruisseau sale situé à deux kilomètres.

    "Nous avons du mal à obtenir de l'eau dans cette communauté parce que le puits artésien que le gouvernement a installé pour nous est tombé en panne", a-t-elle déclaré à IPS.

    Le puits artésien a été fourni à la communauté à travers le Projet d’eau gouvernemental 'Umtfombo Wekuphila Water Scheme' à condition que les bénéficiaires du projet créent un fonds pour son entretien.

    Cependant, Msibi a indiqué que certains membres de la communauté étaient trop pauvres pour contribuer au paiement mensuel d'environ 1,60 dollar.

    "La plupart des gens sont pauvres ici, alors ils ne pourraient pas payer", a-t-elle dit.

    Mais à cause du manque d'entretien, le puits artésien est finalement tombé en panne et le coût de réparation aurait exigé que chaque ménage réunisse 10 fois le montant qu'il aurait initialement donné. Dans un pays où 63 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté de deux dollars par jour, 17 dollars sont considérés comme une somme énorme.

    Mais la communauté de Msibi n'est pas la seule à avoir du mal à accéder à l'eau.

    Bien que le département de l’eau en milieu rural au Swaziland affirme que 69 pour cent de la population a accès à l'eau potable, 'Water Project', une organisation non gouvernementale (ONG) qui aide les pays africains à accéder à l'eau potable, indique que quelque 90 pour cent des projets communautaires d'eau dans ce pays d'Afrique australe ne marchent pas.

    Obed Ngwenya, le directeur du département de l'eau en milieu rural, sous la tutelle du ministère des Ressources naturelles et de l'Energie, a confirmé que son département a également estimé que 90 pour cent des projets communautaires d'eau ne fonctionnaient pas. Il a dit, cependant, qu'il serait seulement en mesure de fournir des chiffres concrets dès la fin d’une évaluation de tous les projets en dysfonctionnement.

    "Plus de 90 pour cent des projets d'eau en milieu rural utilisent des puits artésiens, et c’est là où nous avons le plus grand défi parce qu’ils tombent en panne et accumulent d'énormes factures d'électricité", a indiqué Ngwenya à IPS. Au total 10 pour cent des projets sont des sources protégées, qui sont beaucoup plus faciles à gérer, a ajouté Ngwenya.

    Il a expliqué que normalement quand un puits artésien est tombé en panne, un partenaire au développement en construit généralement un autre.

    "Celui qui est en panne n'est pas réparé, mais laissé dormant", a déclaré Ngwenya.

    Cette situation a créé beaucoup de projets d'eau "éléphants blancs" dans tout le pays, a-t-il souligné.

    Le village d’Ekuphakameni fait partie de la circonscription électorale de Matsanjeni, qui dispose de 175 puits artésiens, a indiqué à IPS le chef de la circonscription, Seth Gumbi. Il a déclaré que sur ce nombre, 75 ne fonctionnaient pas et que les 100 restants n'étaient pas suffisants pour approvisionner la population de 17.000 habitants. Beaucoup de gens sont contraints, comme Msibi, de parcourir de grandes distances pour aller chercher de l'eau.

    Certains puits artésiens utilisent des pompes manuelles qui tombent en panne facilement, a dit Gumbi. Il a ajouté que d'autres sont tombés en panne parce que la forte concentration de sel dans l'eau a rongé le mécanisme.

    "Certains puits artésiens se sont asséchés parce qu'il y avait une eau souterraine inadéquate", a-t-il expliqué. "Il existe des puits artésiens un peu partout, mais il n'y a pas d'eau à boire".

    Mais Trevor Shongwe, le directeur par intérim du département de l'eau en milieu rural, a rassuré IPS que dans quelques mois, le puits artésien à Ekuphakameni serait réparé et que Msibi aurait simplement à entrer dans son village pour obtenir de l’eau claire et potable.

    "Nous cartographions actuellement tous les projets d'eau en milieu rural dans le pays pour avoir une idée de combien fonctionnent et (de combien ne le sont) pas", a déclaré Shongwe. Il a affirmé que cinq des 55 circonscriptions électorales du pays avaient été déjà étudiées.

    Shongwe a ajouté que le gouvernement s’était associé avec des partenaires, y compris les ONG et le secteur privé, pour réparer les projets d'eau qui sont tombés en panne.

    Selon Mkhonta Jameson, président du Forum sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH), la plupart des projets d'eau du gouvernement dans la région se sont effondrés à cause de la mauvaise gestion. Et d'autres ont cessé de fonctionner parce que les communautés ne pouvaient pas supporter les coûts croissants de pompage de l'eau par l'électricité.

    "Dans le cadre de l'exercice de réhabilitation, nous sensibiliserons également les communautés à mobiliser des ressources pour régler leurs factures d'électricité", a indiqué Mkhonta à IPS.

    Les communautés seront également formées sur la façon de gérer les projets de manière efficace.

    Afin d'éviter de laisser les communautés avec d'énormes factures d'électricité, le département de l'eau en milieu rural les encourage à utiliser la pesanteur pour pomper l'eau, lorsque cela est possible.

    Nsuka, une communauté qui est à environ une heure de route de Manzini, la capitale économique, fait exactement cela. Financé par l’ONG 'World Vision Swaziland' (WVS), ce projet implique la construction d'une citerne de 120.000 litres qui stockera l'eau puisée à partir d’une source voisine.

    "La source se trouve au sommet de la colline, ce qui fait qu’il est facile de pomper l'eau par pesanteur", a expliqué à IPS, Daniel Maduna, directeur du programme eau et assainissement de WVS.

    Le projet permettra de fournir de l'eau à 221 ménages d'environ 10 personnes chacun à partir de juin, a ajouté Maduna.

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