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SWAZILAND: Le jour pour acheter des voix

    By Mantoe Phakathi

    MBABANE, 20 sep (IPS) – Comme les Swazis se rendent aux urnes pour le second et dernier tour de scrutin des élections générales ce vendredi, les cadeaux sont devenus monnaie courante dans ce pays d'Afrique australe.

    Les électeurs reçoivent des colis de vivres, couvertures, boissons alcoolisées et même de l'argent auprès des candidats désespérés en lice pour un siège au parlement, bien que ces pratiques soient contre la Loi électorale de ce petit pays d’une population estimée à un peu moins de deux millions d’habitants.

    Nothando Ndwandwe, une électrice à Manzini, la capitale économique du pays, a reçu des colis de maïs et de haricots d'un candidat en campagne. "Les députés nous négligent pendant cinq ans et reviennent seulement lorsqu’ils veulent nos voix. C’est logique que les électeurs se fassent rembourser maintenant", déclare-t-elle à IPS.

    Il n'est pas surprenant que des électeurs acceptent les dons car environ 40 pour cent des 1,2 million d'habitants du pays vivent en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour, selon l'Indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement. Le pays se remet également d'une crise économique paralysante.

    Certains candidats fournissent les dons aux électeurs comme un moyen de faire campagne durant les primaires. Le Swaziland est une monarchie, gouvernée par le roi Mswati III, et les partis politiques ne sont pas autorisés à se présenter pour le pouvoir. Plutôt 55 personnes sont élues au parlement de 65 membres à partir de 55 circonscriptions électorales appelées "Tinkhundla". Mswati choisit les 10 autres membres.

    Les candidats pour des sièges au parlement ne sont pas autorisés à démarcher des voix lors du premier tour du scrutin, qui a eu lieu le 24 août. Le gouvernement empêche également les candidats de débattre à la radio et télévision nationales contrôlées par l'Etat.

    Au cours du deuxième tour du scrutin, les candidats s'affrontent dans leur circonscription électorale pour un siège au parlement. C'est seulement à ce stade qu'ils sont autorisés à solliciter des voix.

    "C'est très frustrant parce que ceux qui ont de l'argent commencent à acheter des vivres et des boissons alcoolisées aux gens comme un moyen de faire campagne bien avant les primaires", se plaint Nomcebo Dlamini, une candidate originaire de Sidvwashini, à Mbabane, la capitale, qui a perdu lors des primaires.

    Elle affirme à IPS qu'elle aurait pu avoir une meilleure chance si la Commission des élections et de délimitations territoriales (EBC) avait autorisé les candidats à commencer à démarcher les voix avant le second tour.

    "C'est pire pour des groupes marginalisés tels que les femmes et les personnes vivant avec un handicap parce que la plupart d'entre elles n'ont pas d'argent pour mener des campagnes", indique Thembinkosi Dlamini, un analyste sociopolitique.

    Certains candidats se battent sous la pression des attentes des électeurs. Meshack Makhubu, un candidat pour le parlement à Mpolonjeni, qui se trouve juste à l’extérieur de Mbabane, affirme que les électeurs sont en train de dépouiller les candidats jusqu’aux os.

    "Les électeurs exigent jusqu’à 500 emalangeni (50 dollars) pour une voix", déclare Makhubu à IPS. "Je ne peux pas trouver ce type d'argent". Il indique que sa situation financière le désavantage, puisque des concurrents riches sont en mesure de répondre aux exigences des électeurs.

    Mais Dlamini explique à IPS qu’il n'est pas surprenant que des dons soient arrivés à caractériser les élections puisque le Swaziland dispose d'un système de gouvernement qui empêche son peuple de s'organiser et de grandir ensemble politiquement.

    "Le mérite individuel place carrément le risque sur les personnes qui se présentent pour le parlement et elles ont toutes les raisons de vouloir jouer avec le système afin de réussir", souligne-t-il.

    Des critiques affirment que ces élections servent le roi, et non le peuple, car il a une représentation écrasante au parlement et au gouvernement. Le parlement n'a aucun pouvoir puisque Mswati rejette les décisions qu'il n'aime pas. Mswati nomme le Premier ministre et 20 des 30 sénateurs. Les 10 restants sont élus par le parlement.

    Mswati, qui a 14 femmes, chacune avec son propre palais, et dont la richesse estimée à 100 millions de dollars par 'Forbes Magazine' en 2010, est accusé de vivre dans l'excès au détriment du contribuable.

    La corruption dans le gouvernement est également élevée. En 2011, le ministre des Finances, Majozi Sithole, a déclaré que 128 millions de dollars étaient perdus annuellement à travers la corruption gouvernementale. Le budget du Swaziland pour 2012-2013 est un peu plus d’un milliard de dollars.

    Et avec un taux de chômage de 40 pour cent, il est peu surprenant que beaucoup soient enthousiastes à gagner un siège au parlement. Selon le directeur adjoint de l'Assemblée de coordination des ONG, Njanbulo Simelane, les gens ont réalisé qu'ils n’ont pas des chances de profiter de leurs députés.

    "L'idée est que nous vous élisons afin que vous obteniez un emploi rémunéré, alors nous voulons aussi quelque chose en retour pour nos voix", déclare Simelane à IPS. "Après tout, le parlement n'est pas important pour la base de ce pays".

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