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TANZANIE: La face cachée de la démocratie

    By Sandra Titi-Fontaine*

    GENEVE, 10 juil (IPS) – La Tanzanie, ce pays d’Afrique de l’est, était à la fête la semaine dernière avec la visite du président américain Barack Obama. Une reconnaissance pour ce pays stable et démocratique, mais qui n’est pas exempt de critiques. En témoignent les exactions de la police.

    «Après m’avoir enchaîné les bras et les jambes, les policiers ont brandi une seringue. Ils m’ont injecté son contenu dans chaque œil, la douleur était horrible. Je me débattais, mais ils étaient trop nombreux. Le lendemain, ils m’ont présenté à un juge. Mais au lieu de m’envoyer à l’hôpital, ce dernier a ordonné mon emprisonnement. J’ai attendu plus d’une semaine avant de recevoir des soins», affirme John Elias, une victime.

    Aujourd’hui, Elias n’a plus que deux orbites a la place des yeux, brûlés à l’acide. Son tort? Se droguer. En Tanzanie, c’est un crime. Tout comme être homosexuel ou prostitué. Ce qui donne carte blanche aux forces de l’ordre pour commettre sur eux les pires exactions.

    Tortures, viols, arrestations arbitraires, extorsions de fonds, refus d’enregistrer les plaintes pour agression… Dans ce pays, plus connu pour les safaris au lac Tanganyika ou les plages immaculées de Zanzibar, les violences policières sont systématiques contre ces personnes déjà vulnérables, et qui sont les plus exposées au virus du SIDA.

    C’est le constat accablant fait par l’organisation de défense des droits humains 'Human Rights Watch' (HRW) dans un rapport paru mi-juin, au titre révélateur: «Traitez-nous comme des êtres humains».

    Entre mai 2012 et avril 2013, les enquêteurs de HRW, aidés par l’ONG tanzanienne Waso, ont recensé des dizaines de cas de mauvais traitements par des forces de l’ordre, sans qu’aucun policier ne soit inquiété. Une impunité qui fait des émules. Ainsi, les forces de sécurité semi-officielles, notamment le groupe d’autodéfense Sungu Sungu, sont de plus en plus impliquées dans les violences contre les populations à risque.

    Parmi leurs victimes, Mwanahamisi K. qui déclare: «Un soir de mai 2012, j’étais allée fumer de l’héroïne à Dar es Salaam, la capitale. Six miliciens m’ont attaquée et m’ont forcée à avoir des relations sexuelles, sans préservatif. Mon petit garçon gisait sur le sol, à côté de moi, tandis qu’ils me violaient. Une fois qu’ils ont terminé, ils m’ont conseillé de ne pas sortir la nuit».

    Les enfants ne sont pas non plus épargnés. Bien que l’exploitation sexuelle des mineurs soit interdite en Tanzanie, dans la pratique, elle est courante. Mais au lieu de garantir leurs droits, de nombreux policiers abusent d’eux.

    Rosemary, 14 ans, se prostitue depuis quatre ans à Mbeya, dans le sud du pays. Elle affirme avoir été violée «à sept reprises environ» par plusieurs membres des forces de l’ordre. La première fois, elle n’avait que 12 ans. Or, aucun cas de prostitution enfantine n’a été déféré devant une cour de justice tanzanienne ces dernières années, selon le département d’Etat américain.

    Un soir, Rosemary a été droguée et abusée par un client. Elle s’est réveillée sur un trottoir à moitié nue, le corps couvert de contusions et les parties intimes en sang. Mais elle a préféré se diriger vers une clinique privée plutôt que d’aller à l’hôpital public pour se faire soigner.

    En effet, la peur d’être maltraités et humiliés empêche les homosexuels, les drogués et les prostitués d’aller demander des soins ou de recourir aux services préventifs et aux traitements anti-VIH. Ils sont trop habitués au refus du personnel médical de les soigner, au harcèlement verbal, à la violation de la confidentialité des informations…

    Résultat: alors que la Tanzanie connaît une baisse globale de la prévalence du VIH, les contaminations augmentent parmi ces trois populations à risque. Le phénomène est aggravé par le fait que les clients – y compris les policiers – leur imposent fréquemment, sous la menace, des rapports sans préservatif.

    Depuis peu, le gouvernement s’est engagé dans une politique de santé publique volontariste, notamment pour enlever la «marque d’infamie attachée aux groupes marginalisés», remarque Neela Ghoshal, chercheuse sur les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) à HRW. «Mais les actions demeurent trop frileuses. Les rares mesures mises en place pour faciliter l’accès des ces groupes à l’information et au traitement anti-VIH l’ont été à contrecœur».

    La tournée africaine du président Obama l’a amené dans ce pays loué pour sa «solide démocratie». Au Sénégal, première étape de sa visite continentale, Obama avait apporté son soutien aux homosexuels persécutés dans l’écrasante majorité des pays africains. Pas sûr que cela suffise à changer la donne.*Sandra Titi-Fontaine est journaliste à 'InfoSud', une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d’un accord de coopération entre InfoSud et IPS.

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