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TANZANIE: Les conflits au sujet de l’eau s’accentuent

    By Kizito Makoye

    PANGANI, Tanzanie, 18 oct (IPS) – Les conflits au sujet de l'eau s’intensifient dans le vaste bassin du fleuve Pangani dans le nord-est de la Tanzanie puisque fermiers et éleveurs se bousculent pour les ressources en eau en diminution face au changement climatique.

    Depuis la dernière décennie, les éleveurs masaïs originaires des régions du nord de Moshi et d’Arusha affluent vers le bassin avec des dizaines de milliers de leurs bovins en quête d'eau et de pâturages.

    Hafsa Mtasiwa, la commissaire du district de Pangani, a déclaré à IPS que les terres traditionnelles des Massaïs étaient mises à rude épreuve à cause de la surexploitation des ressources en eau et du surpâturage. Elle a indiqué qu’au cours des trois dernières années, 2.987 éleveurs avec 871.321 vaches et 98.341 chèvres se sont déplacés dans la plaine du bassin, détruisant des terres arables.

    Elle a affirmé que bien que le gouvernement de ce pays d'Afrique de l’est tente de contrôler cet afflux dans le bassin, un manque de coordination des politiques entre les autorités régionales compétentes a rendu cela difficile.

    "C'est une question très complexe dont la solution exige un consensus général entre les groupes en conflit. Il ne suffit pas que vous chassiez les gardiens de troupeaux. Nous devons les éduquer sur la nécessité de respecter les droits des autres", a-t-elle expliqué.

    Le bassin du fleuve Pangani, qui s'étend sur 48.000 kilomètres carrés, est déjà sous pression puisqu’il est confronté à la poursuite des demandes par rapport à ses ressources en eau et à ses écosystèmes.

    Selon l'Initiative pour l’eau et la nature de l'Union internationale pour la conservation de la nature, le bassin a une population de 3,4 millions d’habitants, "dont 80 pour cent dépendent de l'agriculture à petite échelle. Les écosystèmes sont en diminution et, avec les ressources aquatiques qui fournissent jusqu'à 25 pour cent du revenu des ménages dans certaines parties du bassin, les plus pauvres sont les plus touchés par la baisse des niveaux d'eau".

    Les statistiques de l'Agence météorologique de Tanzanie (TMA) montrent que les précipitations dans plusieurs parties du bassin du fleuve Pangani ont considérablement diminué au cours des 10 dernières années. Certaines zones qui enregistraient 990 mm de pluie il y a une décennie en reçoivent près de la moitié maintenant.

    "Les impacts du changement climatique sont très difficiles à prévoir; ils ne cessent de changer de temps en temps. Cela pourrait commencer par une sécheresse pour passer ensuite brusquement aux inondations, l’important est que les gens s'adaptent", a déclaré à IPS au téléphone, Agnès Kijazi, la directrice générale de la TMA.

    Le peu d'eau qu’il y a, est surtout utilisée pour l'irrigation et la production de l'électricité. Le projet Clim-A-Net, qui vise à développer les connaissances scientifiques sur les changements climatiques, indique sur son site web que "près de 90 pour cent de l’eau de surface dans le bassin de Pangani est utilisée pour l'irrigation et la production hydro-énergétique".

    "Nous passons des nuits blanches juste pour trouver de l'eau, nous abreuvons notre bétail avec le peu que nous obtenons. Nous avons perdu tellement de vaches… Les gens ici doivent également comprendre la situation dans laquelle nous sommes", a indiqué à IPS, Vincent Ole Saidim, un jeune Massaï vivant à Pangani.

    Mais les agriculteurs dans la région se plaignent du nombre de bovins qui entrent dans leurs champs, détruisant des cultures et des structures d'irrigation.

    "Ces Massaïs sont des gens très égoïstes, ils pensent qu'ils ont toujours raison, même quand ils détruisent la vie d'autres personnes. Je ne peux pas les supporter, ils doivent retourner à leur lieu d’origine", a déclaré à IPS, Mwasiti Isinika, un agriculteur à Pangani.

    Les habitants de la région ont indiqué à IPS que depuis les six derniers mois, les tensions entre agriculteurs et éleveurs se poursuivent et beaucoup estiment qu'il n'y a aucune fin en vue.

    L'incident le plus récent qu’IPS a noté est survenu en août dans le village de Makenya, une communauté de 600 personnes située à environ 19 kilomètres de la ville de Pangani dans le bassin. Selon les habitants, une bagarre impliquant agriculteurs et éleveurs a éclaté lorsque 24 éleveurs ont tenté de s’emparer de la source d'eau principale du village afin d’abreuver leurs animaux. Les villageois ont réussi à les renvoyer et aucun décès n'a été signalé.

    Cependant, il y a deux ans, dans le village de Mbuguni, qui est à environ 18 km de la ville de Pangani, quatre agriculteurs avaient été tués à coups de couteau par des Masaïs morans (guerriers) en colère alors qu'ils tentaient d'empêcher un groupe de bovins de piétiner leurs jeunes plants de maïs.

    Omar Kibwana, un responsable du gouvernement local originaire du village de Mbuguni, a indiqué à IPS que les conflits sévissaient parce que le gouvernement était réticent à créer des frontières qui séparent les agriculteurs des pasteurs.

    "Cette question aurait pu être réglée il y a longtemps s'il y avait eu une démarcation claire", a-t-il affirmé.

    La Commission des eaux du bassin de Pangani a déclaré qu'elle était consciente des problèmes dans la région.

    Arafa Maggidi, un ingénieur de l’Autorité des eaux du bassin de Pangani, a expliqué à IPS que bien que les changements climatiques soient la raison principale de la réduction de la fourniture d’eau dans la région, d'autres facteurs tels que la déforestation, l'augmentation du nombre de têtes de bétail, et l’expansion des activités agricoles y ont contribué.

    "On ne peut pas mettre trop l’accent sur la menace des changements climatiques et la nécessité de s'adapter. Nous essayons de notre mieux d’éduquer les gens à changer leur mode de vie, ils doivent comprendre qu’en détruisant l'environnement, ils se préparent pour leur propre souffrance", a déclaré Maggidi.

    "Nous croyons fermement qu'une gestion efficace des ressources en eau doit intégrer toutes les exigences environnementales, économiques et sociales", a-t-il souligné.

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