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TANZANIE: Voler du gaz aux pauvres pour électrifier les riches

    By Thembi Mutch

    MIKINDANI, Tanzanie, 27 juin (IPS) – Dans le district de Kilwa, dans le sud de la Tanzanie, Salim Riziki, un chef communautaire local et pêcheur, est debout à côté d'un lot de turbines, nouvellement importées de Dubaï, en train de parler du gaz découvert sur Songo Songo, une île située à 15 km de la côte.

    Les bruits et les lumières provenant des turbines sont en contraste frappant avec les maisons en terre cuite et de chaume et des quelques cabanes en tôle ondulée dans le village.

    C'est le crépuscule. Il n'y a pas de voitures sur la route, seulement un ouvrier occasionnel qui passe, transportant une houe, puisque les villageois rentrent chez eux. La découverte du gaz de Songo Songo a entraîné l'électrification de ce village – mais seulement pour les chanceux, quelques riches.

    "Oui, nous pensons que cette exploration est essentielle, mais en tant que citoyens, nous sommes inquiets. Nous avons besoin de vérité, d’avoir des informations pour que nous puissions examiner calmement ce qui pourrait être mieux pour nous. Le gouvernement nous a parlé de ses plans pour les hôpitaux, les écoles, l'électricité. Il nous a déclaré cela à la radio, oui, mais il n'a pas demandé (s'il pouvait poursuivre l'exploration)", indique Riziki à IPS.

    Au port de Mtwara, à environ 250 km au sud du district de Kilwa, la frustration des habitants a atteint un point de rupture le 22 mai lorsque des bâtiments publics ont été attaqués. Des villageois fâchés, jetant des pierres, ont encerclé les bureaux du parti au pouvoir 'Chama cha Mapinduzi' (CCM), qui signifie en swahili, le Parti de la révolution.

    La réaction du gouvernement a été très sévère. Des camions chargés de militaires venus de Dar es Salaam, la capitale de ce pays d'Afrique de l’est, sont arrivés dans la ville portuaire. Des gaz lacrymogènes et des balles réelles ont été utilisés et selon des sources locales, trois personnes ont été tuées, dont une femme qui était enceinte de sept mois.

    Mais ceux qui connaissent la région affirment que cela est attendu depuis longtemps.

    Mika Minio-Paluello de 'Plateform', une ONG internationale déclare à IPS: "La militarisation de la part du gouvernement et des entreprises privées n'est pas inhabituelle lorsqu’il y a exploration de pétrole et de gaz naturel. L'augmentation de la violence n’est pas non plus rare. Ceci est une répétition du Nigeria, du Ghana et de l'Angola".

    Les émeutes ont été déclenchées après que le gouvernement a annoncé que la construction d'un gazoduc de Mtwara à Dar es-Salaam se poursuivrait, suivant le plan. Cela signifie qu'aucune installation ne sera développée à Mtwara pour traiter le gaz. Cela veut dire également que l'exploitation en 2006 des réserves de gaz de 'Mnazi Bay' à Mtwara, qui borde le Mozambique, n'a pas entraîné la croissance des industries de fabrication et de transformation dans la région, qui aurait pu en fin de compte amener la prospérité économique dans cette zone.

    Ishmail*, un habitant de Mikindani, un port voisin situé à 10 km au sud de Mtwara, souhaite pouvoir profiter des découvertes de gaz.

    "Nous sommes pour la plupart des producteurs de sésame et de cajou, ou tout au moins la plupart d'entre nous le seraient, si nous avions du travail. Le chômage ici à Mikindani est un grand problème. Seulement huit à 10 pour cent d'entre nous travaillent, et nous sommes désespérés", dit-il à IPS.

    "De quoi une personne a-t-elle besoin? De la santé, une famille heureuse, une maison, de la nourriture et du travail. Nous n'avons pas cela, ni de l'eau potable. Notre problème est que le gouvernement, à Dar es Salaam, à plus de 650 km, nous a abandonnés… Le gaz sera exporté vers d'autres régions, et ici, nous serons toujours laissés sans l’essentiel", déclare Ishmail.

    Des compagnies pétrolières internationales font des forages depuis la Somalie, le long de la côte de l’Afrique de l’est jusqu’au nord du Mozambique. Il s’agit du groupe BG, Statoil (qui est actionnaire à 40 pour cent d'Exxon), de 'Royal Dutch Shell', 'Anadarko Petroleum Corporation', Petrobras, Total, BP et de Aminex.

    Mais le thème de l’absence d'informations sur l'exploration de pétrole et de gaz ainsi que les forages, revient à plusieurs reprises dans des interviews réalisées le long de la côte sud de la Tanzanie.

    "Le gouvernement central nous traite avec mépris. Nous sommes les enfants oubliés", affirme à IPS, Sultan*, un couturier à Mtwara. Lui et le reste des habitants de Mtwara n'ont pas bénéficié du pétrole et du gaz. De même que les gens de Kilwa et de Lindi (à environ 100 km au nord de Mtwara), qui se trouvent aussi sur la côte sud de la Tanzanie.

    La maison personnelle de Sultan n’est pas électrifiée, et il en "emprunte" à partir de la ligne qui passe devant sa cabane dans le marché central afin qu'il ait assez de lumière pour voir sa machine à coudre à pédale ou à manivelle.

    Mais en dépit du fait d'être marginalisées dans les avantages des découvertes de gaz, les communautés locales ont trop peur de s'exprimer publiquement.

    Rob Ahearne, un professeur à 'East London University' au Royaume-Uni et auteur de l'étude intitulée "Le pétrole et le gaz, la citoyenneté, la modernité et le changement dans le sud de la Tanzanie", indique à IPS: "Les communautés elles-mêmes sont réticentes à parler, elles se méfient des espions ou des informateurs du CCM, et craignent de se faire identifier comme des fauteurs de troubles".

    "Ce sont des régions très marginalisées, elles pensent qu'il s'agit d'une affaire privée, et il existe très peu de forums communautaires cohésifs. Même d’un village à un autre, il y a très peu de confiance", dit-il.*Les noms de famille ont été retirés pour protéger leur identité.

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