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TCHAD-SENEGAL: Réactions mitigées à la décision de la CIJ sur le procès Habré

    By François Djékombé et Souleymane Gano

    N’DJAMENA/DAKAR, 20 juil (IPS) – L’injonction de la Cour internationale de justice (CIJ) faite au Sénégal dans sa décision de vendredi lui demandant de juger Hissène Habré sans plus tarder ou de l’extrader vers la Belgique, est diversement appréciée à N’Djamena, au Tchad, comme à Dakar, au Sénégal.

    Habré, ancien président du Tchad, est réclamé depuis septembre 2005 par la justice belge où il est accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture pendant son règne (1982-1990). Mais, le Sénégal où il vit en exil depuis 21 ans, hésite à juger malgré l’appel de l’Union africaine lui demandant en juillet 2006 de le traduire en justice au nom de l’Afrique.

    Le procès n’ayant pas eu lieu depuis lors, la Belgique a saisi la CIJ à La Haye lui demandant de prendre une décision contraignant le Sénégal à juger rapidement Habré ou à l’extrader vers Bruxelles où l’instruction du dossier de l’ancien dictateur tchadien est bouclée depuis 2001.

    Mais, le nouveau président du Sénégal, Macky Sall, a déclaré récemment qu’il voulait juger Habré et qu’il avait demandé à la justice sénégalaise d’ouvrir la procédure pour l’instruction du dossier.

    Pour Clément Dokhot Abaïfouta, président de l’Association des victimes de Hissène Habré (AVHH), "Ce dictateur est au Sénégal depuis presque 22 ans et c’est depuis 10 ans que le Sénégal tergiverse sur son jugement. Il serait souhaitable que Macky Sall ait le courage de dire que le dossier a trop terni l’image du Sénégal et par conséquent, accepter que Hissène Habré soit extradé vers la Belgique".

    "Tout est fin prêt en Belgique pour juger Habré; même s’il arrive là-bas aujourd’hui, son jugement peut commencer demain. Or, combien de temps faut-il encore à Dakar pour s’apprêter et démarrer le procès, alors que le temps joue contre les victimes qui meurent à petit feu?", demande Dokhot, visiblement déçu par la décision de la CIJ.

    Dokhot affirme que lors de sa chute en 1990, Habré est parti au Sénégal avec beaucoup d’argent puisé dans le trésor public tchadien qu’il a su investir surtout à Dakar, se faisant ainsi des amis dans les milieux politiques comme religieux. Donc un jugement de Habré au Sénégal ne sera pas juste et équitable, ajoute-t-il à IPS.Par contre, l'avocate des victimes, Jacqueline Moudeïna, jointe au téléphone depuis Stockholm par la radio FM Liberté à N'Djamena dans les minutes qui suivaient la décision de la CIJ, s'est estimée heureuse de l'aboutissement de ce dossier. Pour elle, le Sénégal, qui a ratifié tous les accords et traités internationaux, ne doit pas se dérober dans l'affaire Habré. Les autorités sénégalaises sont mises devant leur responsabilité, souligne-t-elle."Ma satisfaction est pleine et totale", s’exclame de son côté Béral Mbaïkoubou, député de l’opposition, pour qui le jugement de Habré a non seulement une valeur pédagogique, mais est aussi un avertissement pour tous les dictateurs qui gouvernent encore notre monde". Il ajoute également à IPS que ce procès doit constituer la base de réconciliation des Tchadiens.

    Il estime, par ailleurs, que sous la présidence d’Abdoulaye Wade, Habré bénéficiait d’une protection qui ne disait pas son nom, se demandant toutefois si cette ordonnance de la CIJ serait vraiment contraignante pour obliger le Sénégal à agir très vite et ouvrir le procès Habré.Le président du Mouvement des patriotes tchadiens pour la République, un parti politique, Mbaïmon Guedmbaye, salue la décision de la CIJ, indiquant que la cour se voit obligée de s’impliquer pour que le dossier progresse, car, dit-il à IPS, "on assiste à un jeu de ping-pong entre les Etats africains, qui n’aide pas les victimes".

    Juger Habré au Sénégal ou l’extrader vers la Belgique, pour certains Tchadiens, la question la plus intéressante serait de savoir quand démarrera son procès.

    A Dakar, El Hadji Diouf, un des avocats de l’ancien président tchadien, après avoir consulté son client, vendredi en fin d’après-midi, a déclaré: "Cette décision (de la CIJ), comme toutes les autres décisions, aucune d’elles ne pourrait entraîner le jugement de Habré".

    Selon Diouf, qui est ancien ministre et actuel député sénégalais, "Rien ne pourra se faire; on avait épuisé toutes les procédures".De son côté, Fatou Kama Marone, la directrice exécutive nationale de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), basée à Dakar, a déclaré: "Nous ne pouvons que saluer cette décision tant attendue. C’est une décision qui doit nous renforcer dans notre position de respecter ou de faire respecter la convention contre la torture que le Sénégal a signée et ratifiée"."Ce n’est pas la première fois qu’une juridiction ou un organe international rend une décision pareille… On ne peut pas dire qu’on est confiant, on attend de voir ce que va faire le Sénégal à la suite de cette décision. Mais en tout état de cause, il est obligé de le faire et nous allons continuer la lutte avec les victimes", a-t-elle ajouté.

    "Cette dernière décision de la CIJ constitue pour moi l’unique occasion historique dont disposent les Africains pour se ressaisir et montrer à la face du monde que l’Afrique est bien capable de juger ses propres dirigeants", estime Amadou Ndiaye, journaliste sénégalais au quotidien privé 'Enquête'.

    Pour sa part, Reed Brody, avocat de nationalité américaine, conseiller à 'Human Rights Watch', a affirmé: "Cette décision est avant tout une victoire pour les victimes de Hissène Habré, qui se battent pour la justice depuis 21 ans. Elle récompense la Belgique qui a eu le courage de porter l’affaire des victimes devant la Cour internationale de justice".Brody, qui est également un des avocats des victimes de Habré et séjourne actuellement à Dakar, a estimé que "cet arrêt envoie aussi un message fort aux nouveaux dirigeants du Sénégal, indiquant qu’ils doivent mettre en œuvre rapidement leur promesse de traduire Habré en justice".

    Le Sénégal a promis de se conformer à la décision de la CIJ.

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