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TRAVAIL-BRESIL: De meilleures conditions de travail pour les ouvriers du bâtiment au Brésil

    RIO DE JANEIRO, 21 mars (IPS) – Un an après les émeutes de travailleurs sur le chantier du barrage hydroélectrique de Jirau qui ont amené à un arrêt de travail d’un mois et ont forcé le gouvernement et les entreprises à engager des négociations nationales afin d’améliorer les conditions de travail dans l’industrie de la construction, une autre grève a suscité de vives tensions sur le chantier du nord-ouest du Brésil.

    La grève, qui a débuté le 8 mars et a rassemblé 1.500 travailleurs de Enesa Engenharia, la société qui gère les installations électriques sur le chantier, s’est répandue aux travailleurs du site hydroélectrique de Jirau pour finalement compter près de 20.000 participants.

    Les travailleurs ont entamé la grève parce qu’Enesa a refusé de signer un nouvel accord national sur la main-d’œuvre.

    « L’engagement national d’amélioration des conditions de travail dans l’industrie de la construction » a pris effet le 1er mars. Il comprend des mesures prévues pour éviter les grèves des ouvriers sur les chantiers de construction et a été signé par le gouvernement, neuf grandes entreprises de construction et six syndicats.

    L’accord tripartite établit la représentation permanente des travailleurs lors des négociations sur chantier avec les administrateurs des projets de construction et la création de commissions de santé et de sécurité. L’accord stipule également que les travailleurs doivent être engagés avec un contrat officiel, évitant donc les « gatos » (chats), nom donné aux personnes qui recrutent de la main-d’œuvre pour des employeurs sans scrupules.

    Enesa n’a cependant pas signé cet accord et n’a pas répondu aux demandes de ses employés qui comprenaient notamment des dortoirs en meilleur état pour les travailleurs et des zones communes, a déclaré Cláudio Gomes, Président du syndicat des travailleurs du bâtiment, CONTICOM.

    « Il y a huit personnes par logement, ce qui ne laisse aucune intimité », a ajouté Gomes, alors que les travailleurs de la société voisine d’Enesa, la Camargo Corrêa, bénéficient de meilleures conditions.

    Gomes a fait le voyage depuis la ville de São Paulo, au sud du Brésil, afin de soutenir le syndicat local dans le cadre des négociations.

    En décrivant les demandes qui seront négociées en mai, le délégué syndical a déclaré que les travailleurs grévistes aspirent également à de meilleurs salaires et réclament d’autres avantages.

    Vendredi matin (16 mars), une assemblée de travailleurs a décidé de prolonger la grève, bien que la Cour du travail l’ait déclarée illégale le jour précédent et ait imposé au syndicat de payer une astreinte de 111.000 dollars pour chaque jour de grève supplémentaire.

    La tension est palpable sur le chantier de Jirau, a déclaré Gomes. Mais la nature pacifique de la grève contraste avec la violence qui a éclaté sur le même chantier le 15 mars 2011, lorsque des travailleurs furieux ont mis le feu à 60 bus ainsi qu’à la plupart des logements, conçus pour accueillir 16.000 travailleurs.

    Le désordre s’est propagé, aggravé par la répression tout aussi violente de la police. Des milliers de travailleurs ont fui à Porto Velho, la ville la plus proche (130 kilomètres), où ils ont trouvé refuge dans un stade.

    Le soulèvement a aussi mené à l’interruption du travail au barrage hydroélectrique de Santo Antônio, construit sur la rivière Madeira, à 7 km à peine de Porto Velho, capitale de la Rondonie, État du nord-ouest de la forêt amazonienne.

    Durant la nuit, plus de 40.000 travailleurs se sont trouvés sans emploi et beaucoup sont rentrés chez eux, dans des régions éloignées. La construction du barrage de Jirau a repris lentement, seulement trois mois plus tard. L’achèvement des travaux de la centrale hydroélectrique, normalement prévu pour ce mois-ci, a été reporté de neuf mois.

    La crise financière de 2011 a encouragé le gouvernement fédéral à appuyer les négociations entre les entreprises de construction et les syndicats, afin d’éviter de plus amples conflits et d’assurer que les travaux d’infrastructure prioritaires et les projets de construction pour la FIFA World Cup (qui doit avoir lieu dans 12 villes brésiliennes en 2014) soient terminés à temps.

    Les événements de Jirau il y a un an ont généré une vague de grèves sur d’autres grands chantiers de construction et ont finalement mené à l’ouverture d’un dialogue jusqu’à l’aboutissement de l’accord national tripartite, a déclaré Gomes.

    « Nous avons accepté l’accord même s’il ne répondait pas à toutes nos exigences. C’est un pas en avant, et cela peut être amélioré par la mobilisation et le contrôle », a-t-il ajouté.

    Au départ, seules neuf grandes sociétés ont signé l’accord, deux d'entre elles sont impliquées dans la construction des centrales de Jirau et de Santo Antônio. D’autres entreprises ont la possibilité de rejoindre volontairement cet accord. Selon la Chambre brésilienne de l’Industrie de la Construction (CBIC), il y a 170 sociétés de construction dans le pays.

    Les syndicats considèrent que cet accord est « timide », mais qu’il met en marche un processus qui permet aux problèmes de longue date d’être résolus pour un secteur de travailleurs qui a historiquement été « marginalisé » et a aujourd’hui atteint une « envergure spectaculaire », la frénésie brésilienne de construction ayant généré un manque de main-d’œuvre, a expliqué Gomes.

    Actuellement, il y a plus de quatre millions de travailleurs employés dans la construction, un chiffre qui « a triplé en 10 ans ».

    Il y a dix ans, plus de 60 % de la main d’œuvre dans les firmes de construction étaient des agriculteurs, et aujourd’hui ce chiffre « n’atteint pas plus de 30 % ». En comptant tous ces travailleurs « économiquement actifs » (incluant les indépendants), la réduction du nombre de travailleurs illégaux est plutôt satisfaisante, mais la proportion du secteur informel est toujours aux environs de « 40 à 45 % », a-t-il ajouté.

    La lutte pour des conditions de travail décentes dans l’industrie de la construction, au-delà de la précarité habituelle et des piètres salaires, est handicapée par les hauts chiffres d’affaires, les employés peu qualifiés et une forte émigration, qui ne favorise pas l’organisation des travailleurs, a affirmé Queiroz, fils d’un émigré venu des régions pauvres de nord-est du Brésil.

    Beaucoup de personnes acceptent le travail à la pièce et travaillent ensuite de très longues heures afin d’augmenter leurs revenus, en risquant de contracter des maladies, d’être victimes d’accident et réduisent ainsi leurs chances de trouver un autre poste, a-t-il déploré.

    Mais les conditions pour les travailleurs de la construction changent. À São Paulo, les barèmes pour les travailleurs de l’industrie sont plus élevés que ceux des travailleurs des métaux, une victoire obtenue grâce « aux grèves et à une lutte acharnée » qui leur a également permis d’obtenir le droit de prendre le petit déjeuner et un encas l’après-midi, a ajouté Queiroz.

    Selon lui, les émeutes du Jirau ne sont pas le « déclencheur » de ces changements positifs. La concentration d’un grand nombre de travailleurs sur des chantiers de grands projets d’infrastructure favorise l’organisation et la croissance des syndicats ».

    La voix du syndicat du chantier de Rondônia, STICCERO, s’est faite plus forte après que le travail a commencé sur les chantiers de Santo Antõnio et Jirau en 2008 et que le nombre de ses membres a explosé.

    (FIN/IPS/2012)

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