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VATICAN-MEXIQUE: Les Mexicains interpelleront le pape sur la pédophilie dans l'église

    MEXICO CITY, 23 mars (IPS) – L’escalade de la violence, les victimes d’abus sexuels infantiles perpétrés par des prêtres catholiques romains et l’ordination de prêtres féminins sont autant de questions épineuses que le pape Benoît XVI ne pourra pas éluder lors de sa visite au Mexique selon les experts et les militants.

    « Jean Paul II s’adaptait selon qu’il s’adressait à de jeunes gens, à des intellectuels ou à des personnes indigènes. Le pontife actuel n’adapte pas son discours aux différents représentants de la société », a souligné Elio Masferrer, expert de l’École nationale d’anthropologie et d’histoire.

    L’expert a déclaré à l’agence IPS que l’Église se détourne d’une stratégie qui consistait à satisfaire les besoins et à apaiser les inquiétudes des membres de la communauté catholique pour ne s’adresser qu’à l’élite de la société.

    « C’est une grande faiblesse. L’Église est paralysée. La foi n’est pas une question de hiérarchie et les dirigeants de l’Église ont donc perdu leur capacité à influencer la vie quotidienne des catholiques », a-t-il ajouté.

    « Au vu des circonstances, l’Église est dans une situation très précaire. »

    Lors de sa première visite en Amérique latine, Joseph Ratzinger, qui a été élu pape en avril 2005, séjournera au Mexique du vendredi 23 mars au lundi 26 mars, avant de continuer sa route vers Cuba. Il résidera à Guanajuato, ville présentant la plus forte majorité de catholiques du pays. Au programme de sa visite figurent notamment une messe à ciel ouvert rassemblant des centaines de milliers de personnes et une rencontre avec le président Felipe Calderón du Parti d’Action nationale (PAN), parti conservateur mexicain.

    Le pape, âgé de 84 ans, arrivera au Mexique à peine quelques jours avant le lancement officiel de la campagne des élections présidentielles de juillet, au beau milieu d’affrontements entre les forces gouvernementales et les cartels de la drogue, et d’une crise de l’Église catholique au niveau local.

    Selon les derniers chiffres officiels, la croisade du gouvernement contre la mafia de la drogue, lancée par Calderón dès sa prise de fonctions en décembre 2006, a entraîné la mort de 47.000 personnes. Les familles des victimes veulent que le pape les écoute et s’exprime sur la situation.

    « Nous voulons délivrer le message des victimes. Nous voudrions lui dire ce qui se passe ; nous avons traversé tout le pays pour prendre les victimes dans nos bras », a confié Javier Sicilia, catholique pratiquant et poète fondateur du Movement for Peace with Justice and Dignity. Depuis que son fils Juan Francisco a été assassiné aux côtés de six autres jeunes le 28 mars 2011, il dirige la manifestation nationale contre le trafic de drogues.

    De leur propre initiative, un groupe de personnes directement affectées par cette vague de violence a demandé une audience avec le pape, mais sans succès. C’est pourquoi Sicilia et quatre autres militants se sont rendus à Rome le 22 mars afin d’y rencontrer l’évêque italien Mario Toso, secrétaire général du conseil pontifical « Justice et Paix », afin qu’il remette une lettre au pape et qu’il lui décrive la situation au Mexique.

    Le Mexique et l’Amérique centrale « sont un corps, comme celui de notre Christ, qui porte tout le poids des forces criminelles, des omissions du gouvernement, de la forte corruption qui règne dans le pays », du commerce illégal d’armes, du blanchiment d’argent ainsi « que d’une Église hiérarchisée qui garde un silence complice », peut-on lire dans la lettre longue de deux pages.

    Un des objectifs du pape Benoît XVI est de consolider le catholicisme en réaction à son déclin au Mexique, où 83,9 millions de personnes sur une population totale de 112 millions se considèrent comme étant des catholiques, tandis que 10,9 millions de personnes prônent leur appartenance à la religion évangélique ou à d’autres religions, selon le recensement national de 2010.

    Les enregistrements statistiques annuels de l’Église catholique montrent que les baptêmes et les mariages religieux ont chuté entre 1980 et 2008.

    Les militants sont également consternés par les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des séminaristes et par l’impunité dont bénéficient ces prédateurs. Il s’agit d’un sujet qui touche particulièrement le pape Benoît XVI étant donné son ancien poste à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui, depuis 2001, est responsable des enquêtes ecclésiastiques et de l’adoption de mesures contre les abus sexuels.

    En tant que préfet de la congrégation de 1981 à 2005, Ratzinger était au courant des cas de pédophilie au sein de la Légion du Christ, créée par le prêtre mexicain Marcial Maciel (1920-2008), mais il n’est pas parvenu à prendre des mesures adaptées.

    Selon certaines accusations et des déclarations de témoins, Maciel, chef de la Légion du Christ jusqu’en 2005, avait prétendument eu des relations sexuelles avec deux femmes, serait le père d’au moins six enfants conçus entre 1941 et 1970, et aurait abusé sexuellement de plusieurs étudiants du séminaire, dont certains mineurs au moment des faits.

    En 2006, le pape Benoît XVI a congédié Maciel pour une vie de pénitence et de prière, mais n’a pas adopté de mesures plus strictes à son égard ou contre la Légion. Le Vatican, cependant, a exclu Maciel pour sa conduite criminelle « très grave et objectivement immorale » et l’a accusé de mener une vie « dépourvue de scrupules ».

    « Il est impossible de remettre ce sujet sur la table. Cela met le pape et l’évêque mexicain dans une position très délicate étant donné qu’ils ne peuvent aborder certaines questions et qu’ils ne font rien de concret pour changer les choses », a déploré Masferrer.

    Le Department of Investigations on Religious Abuse, une ONG locale, a déclaré que 30 % des 14.000 prêtres en fonction dans le pays ont commis des abus sexuels sur des paroissiens. Un groupe de victimes au Mexique a demandé une audience avec le pape, sans succès.

    « Nous voulons une Église qui soit dévouée à la justice sociale et aux droits de l’homme, une Église aimante qui inclue et respecte les différences et les libertés individuelles, qui reconnaisse le préjudice moral subi par les victimes d’abus sexuels », a déclaré à l’agence IPS María Consuelo Mejía, dirigeante de Catholics for the Right to Decide (CDD).

    Le CDD, une organisation de sœurs des Catholics for Choice, gère la campagne « Catolicadas » qui traite des questions sensibles telles que la discrimination sexiste, l’avortement, la diversité sexuelle et l’utilisation de moyens de contraception.

    « Si j’avais cette opportunité, je voudrais être ordonnée », a déclaré à María Castillo, une nonne appartenant à l’association Daughters of the Holy Spirit. Elle écrit un livre sur l’alcoolisme et le clergé, un sujet qui a suscité la désapprobation de ses supérieures.

    « Certaines sœurs s’attachent à grimper les échelons… La hiérarchie devrait descendre jusqu’au niveau des plus démunis », a-t-elle conclu.

    (FIN/IPS/2012)

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