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VIETNAM: Les cornes de rhinocéros valent leur pesant d’or

    By Marwaan Macan-Markar

    BANGKOK, 17 mai (IPS) – A première vue, l'affiche semble être une publicité typique pour un safari en Afrique: un grand rhinocéros posé sur un terrain accidenté et ouvert. Mais en regardant de plus près, vous vous rendez compte que quelque chose cloche.

    Un groupe de mains humaines a remplacé les deux cornes qui distinguent cet animal africain du rhinocéros à une corne de l'Inde et de Java. Un message au-dessus de la tête de la créature dit: "La corne de rhinocéros est faite de la même matière que les ongles humains. Vous en voulez toujours?".

    Produites conjointement par TRAFFIC, une organisation de défense des espèces sauvages, et le Fonds mondial pour la nature (FMN), ces affiches vont bientôt apparaître sur les murs des lieux publics dans les grandes villes vietnamiennes, notamment la capitale, Hanoi, et Ho Chi Minh Ville.

    Les bureaux, immeubles d'habitation et même les aéroports sont tous appelés à devenir des sites dans la campagne visant à mettre fin au commerce international illégal de cornes de rhinocéros, qui menace l’ongulé de disparition.

    Des experts estiment qu'il n'y a pas meilleur endroit que cette nation d'Asie du sud-est de 87 millions d’habitants pour véhiculer ce message fort. Le Vietnam a longtemps été identifié par des groupes internationaux de surveillance du commerce illicite des espèces sauvages pour la hausse spectaculaire de la demande intérieure pour les cornes de rhinocéros africains.

    Près de 290 des 20.000 rhinocéros laissés en Afrique du Sud ont été tués pour leurs cornes depuis le début de cette année, selon des écologistes qui craignent qu’une telle frénésie meurtrière puisse voir le nombre de décès correspondre au nombre record des 668 rhinocéros abattus par les braconniers en 2012.

    "Nous sommes en pleine crise de braconnage de rhinocéros", a déclaré à IPS, Mark Jones, un vétérinaire britannique qui dirige l'organisation 'Humane Society International', basée à Londres, ajoutant que le Vietnam a récemment émergé comme le principal marché pour les cornes de rhinocéros.

    Le pic de la demande a été façonné par une croyance parmi la population locale, qui s’est enracinée au cours des cinq dernières années: la corne de rhinocéros a des pouvoirs médicinaux spéciaux, notamment la capacité de traiter le cancer, de guérir la gueule de bois, et d'agir comme un aphrodisiaque.

    Selon Naomi Doak, coordinatrice du Programme du Grand Mékong à TRAFFIC, les représentations pour la nouvelle affiche de campagne ont été développées après que des experts ont réalisé qu'une "grande proportion du public vietnamien" ne savait pas que la corne de rhinocéros, une masse de cheveux agglutinés, est composée de kératine, la même substance fondamentale qui constitue les ongles et le doigt humains.

    Elle espère que mettre en lumière ce fait amènera les gens "à penser deux fois avant de consommer la corne de rhinocéros".

    Toutefois, véhiculer ce message dans un pays sera "une campagne longue et difficile", a reconnu Doak dans un entretien accordé à IPS. "Avec très peu de sanctions et de conséquences, les gens ne sont pas vraiment si préoccupés par les impacts que la consommation (de la corne) de rhinocéros a sur les animaux ou sur les gens".

    Un symbole de prestigePour comprendre ce auquel s’opposent les groupes de protection des espèces sauvages, il suffit de se promener dans le célèbre 'Old Quarter' (Vieux Quartier) d’Hanoi, un réseau coloré de 36 rues où des objets d'art et produits locaux sont colportés depuis des siècles.

    Ici, des boutiques spécialisées dans la médecine traditionnelle chinoise (MTC) attirent des dizaines de clients en quête de remèdes à base de parties d'animaux sauvages, y compris la corne de rhinocéros.

    Dans son dernier documentaire intitulé 'Mauvaise médecine – le commerce illicite des cornes de rhinocéros', Karl Amman, un écologiste et cinéaste, retrace les itinéraires des trafiquants illégaux depuis la nature sauvage africaine jusqu’aux rues du Vietnam, où les "cornes de rhinocéros sont également devenues un symbole de prestige", a-t-il indiqué.

    Cela explique pourquoi l'or, autrefois le cadeau favori parmi la classe de riches citoyens en pleine expansion de ce pays dirigé par les communistes, a été détrôné par les cornes de rhinocéros, qui coûtent actuellement 65.000 dollars le kilogramme.

    C'est "plus que de l'or, gramme pour gramme", selon Jones. Bien que le poids des cornes de rhinocéros varie, une seule corne peut valoir jusqu'à 150.000 dollars.

    La pression sur le Vietnam pour freiner la demande de cornes de rhinocéros illégales est censée s’intensifier suite aux résolutions adoptées en mars à la réunion de Bangkok de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (CITES, son sigle anglais). Le langage fort lors de ce 16ème rassemblement mondial de 178 pays membres a seulement manqué d’imposer des sanctions à Hanoi.

    Pendant ce temps, le gouvernement vietnamien a toujours nié les allégations selon lesquelles le pays est un marché important dans ce commerce mondial. Il pointe souvent un doigt accusateur vers son puissant voisin du nord, la Chine, qui est également sous surveillance pour le fait d’accroître le commerce illégal d'espèces sauvages, en particulier la demande de parties de tigre.

    Mais les activistes ont la preuve, et ne sont pas près de garder le silence.

    Do Quang Tung, directeur adjoint de CITES-Vietnam, qui a dirigé la délégation de son pays aux négociations de Bangkok, a déclaré à un journal vietnamien, à la fin du mois de mars: "De 2004 à aujourd’hui, 13 (individus) impliqués dans le trafic de rhinocéros ont été arrêtées, avec un total de 150 kg de cornes de rhinocéros". Deux de ces cas, a-t-il dit, se sont produits au début de 2013.

    "Le commerce illégal de cornes de rhinocéros implique des groupes criminels très organisés, mobiles et bien financés, composés principalement de ressortissants asiatiques basés en Afrique", a révélé au début de cette année, un rapport publié par TRAFFIC et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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