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ZAMBIE: Interdiction des sachets d’alcool 'tueurs'

    By Jorrit Meulenbeek et David Mwanza

    LUSAKA, 13 sep (IPS) – Environ une douzaine d'hommes flânent autour de ce qui ressemble à une cour de prison. La plupart d'entre eux ont l’air complètement désorientés, un regard confus dans leurs yeux dans un hôpital non loin de Lusaka, la capitale de la Zambie.

    Un vieil homme grelottant chancelle autour de la zone dans des cercles, avec un sourire amical mais distrait sur le visage, enlevant sans cesse des insectes imaginaires sur son corps. (L’insecte) "Doyo", marmonne-t-il, pendant qu’il montre gentiment une tache de naissance au cou de l'une des infirmières.

    Un jeune homme est assis sur le sol en béton dans un autre coin, son corps tremblant si fort qu'il n’arrive pas à amener la cuillère remplie de bouillie à la bouche. Il doit être nourri comme un bébé. "Celui-ci est encore dans la phase de manque", remarque sèchement, l’infirmière en chef, Alice Phiri. Pour elle, c’est quelque chose d’habituel.

    "Beaucoup d'entre eux viennent avec des blessures comme celles-ci", déclare-t-elle en montrant des cicatrices circulaires autour des bras et des chevilles du jeune homme. "Quand la famille ne sait plus quoi faire avec eux, ils les attachent à l'aide d’un fil électrique pour les retenir".

    Ce n'est pas une prison. C’est la salle psychiatrique de l'hôpital Chainama Hills, juste hors de Lusaka. Environ les trois quarts des hommes admis dans cette salle sont seulement temporairement "fous", du fait de l'abus d'alcool et de graves symptômes de manque.

    En apprenant les histoires de ceux qui ont déjà retrouvé la raison – après 72 heures de désintoxication – la plupart mentionnent un seul mot lorsqu'il leur est demandé ce qu'ils avaient l’habitude de boire pour se retrouver ici: tujilijili.

    Des sachets tueursCes sachets plastiques de 60 ml, portant des marques de fabrique comme 'Zed', 'Officer', 'Joy' et 'Double punch', paraissent innocents avec leurs couleurs vives et fruitées, mais contiennent plus de 40 pour cent d'alcool. Produits localement par diverses sociétés, ils sont devenus une mode au cours des cinq dernières années. En dehors des bars et points de vente agréés, ils étaient vite vendus par les nombreux commerçants ambulants, à environ 1.000 Kwacha (20 cents US) ou moins.

    Cela les rendait accessibles aux pauvres, qui utilisent souvent l'alcool comme un moyen d’échapper aux dures réalités de la vie quotidienne. Des informations indiquant que des écoliers boivent cet alcool en classe, des agents de sécurité en service les sirotent, et que plusieurs décès attribués à tujilijili ont fait la une des médias, leur valant le surnom de 'sachets tueurs'.

    Des tentatives antérieures visant à interdire ce produit ont échoué, puisque les producteurs opéraient dans la légalité et le contenu de la boisson elle-même était conforme aux règlements en vigueur.

    C'est pourquoi c’était comme une surprise pour à la fois les critiques et les partisans en avril lorsque le professeur Nkandu Luo, ministre dans le gouvernement du Front patriotique (PF) nouvellement au pouvoir, a pris la décision audacieuse d’interdire la production, la vente et la consommation d'alcool dans des sachets. Elle n'a pas interdit la boisson, mais l'emballage.

    Pour des parents préoccupés comme Peter Mbewe du quartier de Chaisa, à Lusaka, cette décision était attendue depuis longtemps. "Vous avez vu comment les jeunes meurent à un âge tendre à cause de ces choses", dit-il. "La ministre avait raison d'interdire cette substance. Elle détruisait nos enfants".

    Des affaires à partir de l’alcoolSur les routes poussiéreuses de gravier de Chaisa, une commune pauvre avec un taux de chômage élevé chez les jeunes, une couche de sachets de tujilijili piétinés est devenue une partie de la couverture du sol. Maintenant, les 'jilis' restantes sont vendues sous le manteau au double du prix. C’est devenu une activité risquée puisque la police municipale a commencé à patrouiller clandestinement. Toute personne surprise avec ces sachets risque une peine de deux ans d’emprisonnement.

    Dibblo Mwanza, qui avait l'habitude de vendre ces sachets dans sa boutique de fortune, a été aussi arrêté en tentant de finir son stock, mais s'en est sorti avec une amende.

    "Le gouvernement du PF n'est pas juste", affirme-t-il. Ce sont principalement des jeunes des zones urbaines au chômage comme lui qui ont voté et amené au pouvoir le parti d'opposition en septembre l'année dernière. "Ils nous ont promis plus d'argent dans nos poches, mais il n'y a pas d'emplois, et la seule façon de subvenir à nos besoins, d’entretenir notre famille et payer le loyer, c’était à travers à cette activité lucrative".

    Selon les statistiques officielles, la Zambie n’occupe pas un rang aussi élevé que d’autres pays en proie à l'alcool. Comparativement aux pays d'Europe de l’est, les Zambiens semblent être assez modestes, consommant seulement 3,9 litres d'alcool pur par an par rapport aux 15,7 litres en Russie.

    Mais ces chiffres ne donnent pas le tableau complet puisqu’ils sont principalement basés sur les ventes d'alcool enregistrées et ne prennent pas en compte les boissons fabriquées à domicile que beaucoup de Zambiens pauvres boivent plutôt.

    Avant que tujilijili n’arrive sur la scène ces dernières années, l’alcool fort était venu sous la forme de kachasu, une boisson traditionnelle distillée que les gens brassent et vendent à la maison. Les maisons de kachasu sont particulièrement fréquentes dans les zones rurales et les quartiers de Lusaka, où règne la pauvreté; mais bien que kachasu soit également officiellement illégal, la police est moins préoccupée par son utilisation.

    Harry Kalad, un brasseur, qui arrive à subvenir aux besoins de sa femme, ses enfants, sa vieille mère et de deux enfants orphelins à partir de cette activité, admet qu'il prie pour que la police continue sa chasse au tujilijili, puisque son propre commerce de kachasu marche plus que jamais. "Tous mes anciens clients sont revenus, mes bénéfices augmentent".*Une courtoisie publiée sur www.street-papers.org/INSP

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