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ZIMBABWE: Aucune réforme des médias, juste davantage d’intimidation

    By Jeffrey Moyo

    HARARE, 22 avr (IPS) – Comme le Zimbabwe se dirige vers les élections à la fin de cette année, des analystes de la presse et des journalistes sont préoccupés par l'augmentation de la répression à la fois sur le système judiciaire et les médias.

    Ceci se produit parce que des fidèles de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), le parti du président Robert Mugabe, au pouvoir, demeurent opposés à la mise en œuvre des réformes des médias énoncées dans l'Accord politique global (APG). L'APG est un pacte de 2008 entre la ZANU-PF et le Mouvement pour le changement démocratique qui a ouvert la voie au gouvernement d'union actuel et aux élections vers la fin de cette année.

    "Oubliez les réformes du secteur de la sécurité, oubliez les réformes des médias. Ce que nous allons avoir, ce sont les élections sous peu après le 29 juin de cette année à l’expiration du mandat du parlement. Les Zimbabwéens devraient se préparer pour les élections", a déclaré à IPS, Goodson Nguni, un leader bien connu de la ZANU-PF.

    Selon l’APG, pour que le Zimbabwe organise des élections crédibles, libres et équitables en 2013, il doit mettre en œuvre des réformes des médias et du secteur de la sécurité. Il est également nécessaire de réorganiser la Commission électorale du Zimbabwe, qui est soupçonnée d'avoir comme personnel des agents secrets de l'Etat.

    Le pays a également besoin de modifier des lois répressives telles que la Loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée, qui stipule que les journalistes doivent se faire enregistrer annuellement auprès de la Commission des médias et de l'information du Zimbabwe, et la Loi sur l'ordre public et la sécurité, qui criminalise le reportage de fausses informations et expose les journalistes aux poursuites.

    Selon 'Human Rights Watch', une organisation de défense des droits basée au Etats-Unis, ces deux lois ont été utilisées par la ZANU-PF pour "harceler des opposants politiques et activistes des droits" et pour empêcher des critiques de la part des médias, et le débat public.

    Les remarques de Nguni ont amené beaucoup de journalistes dans ce pays d'Afrique australe à se préparer pour une avancée difficile puisqu’elles viennent à un moment où Charles Hungwe, un juge de la Haute cour, est confronté à la persécution de la part du gouvernement par rapport à de récentes décisions de justice.

    Hungwe aurait été ciblé par la ZANU-PF pour ses décisions visant à accorder à la Commission anti-corruption du Zimbabwe l’autorisation de mener des enquêtes contre des politiciens du parti au pouvoir impliqués dans la corruption, et pour avoir accordé la libération sous caution à Beatrice Mtetwa, une éminente défenseuse des droits humains.

    Elle est accusée d'entrave à la justice après avoir demandé aux policiers de présenter un mandat de perquisition quand ils sont descendus dans les bureaux du Premier ministre, Morgan Tsvangirai, en mars.

    Hungwe aurait été convoqué à comparaître devant le juge en chef, Godfrey Chidyausiku, pour faute professionnelle, une décision que le Barreau du Zimbabwe a qualifié de ciblage délibéré du juge.

    "Ce que Nguni a dit, ajouté aux récentes arrestations de leaders de la société civile et des défenseurs des droits humains comme Beatrice Mtetwa, nous fait froid dans le dos. Cela signifie que le pire reste à venir pour nous puisque les élections pointent à l’horizon, en particulier face à la non application des réformes des médias depuis quatre ans après la formation du gouvernement d'union nationale", a indiqué à IPS, Evans Muranganwa, un journaliste indépendant.

    L'analyste politique, Rejoice Ngwenya, a déclaré que si les réformes des médias n'étaient pas mises en œuvre, les journalistes se dirigeraient vers une confrontation avec les agents de sécurité nationale du pays.

    "Maintenant, les journalistes sont vulnérables et la loi peut être utilisée contre eux lors des élections et les secteurs de la sécurité déjà nerveux se voient brandir une (invitation) ouverte à intimider les journalistes".

    "Les réformes des médias doivent être appliquées dans le cadre de l'APG, mais la ZANU-PF continue de s’y opposer, bien que la nouvelle constitution indique clairement qu'elles doivent être mises en œuvre avant les élections", a expliqué Ngwenya à IPS.

    Le 'Daily News', le 'Newsday' et le 'Zimbabwe Independent', qui sont des journaux privés, sont poursuivis pour des millions de dollars d’amende par de hauts politiciens pour divers articles d'investigation qu'ils ont publiés. C'est une décision qui, selon des analystes, vise à affaiblir les journaux indépendants avant les élections.

    Ernst Mudzengi, directeur du Centre des médias – Zimbabwe, a indiqué que c'est devenu une tradition pour les journalistes dans le pays d’être intimidés au moment des élections.

    "Nous avons toujours reçu (des cas) d'intimidation de journalistes. Il n'existe pas un environnement propice pour que les journalistes exercent leur métier lors des élections, contrairement à l'APG du pays", a déclaré Mudzengi à IPS.

    Mais Bright Matonga, un analyste des médias pour la 'Zimbabwe Broadcasting Corporation', la chaîne nationale, et député de la ZANU-PF pour la circonscription électorale de Mhondoro-Ngezi, a affirmé à IPS que contrairement aux affirmations des journalistes indépendants selon lesquelles l’environnement médiatique était répressif, cela n'était pas le cas.

    "L'environnement médiatique a toujours été favorable, bien que certains journalistes aient été irresponsables dans leurs reportages, déformant de manière flagrante les histoires, les mélangeant avec des vérités et des demi-vérités. Mais c'est maintenant à eux de respecter la loi puisque les élections approchent", a souligné Matonga.

    Cependant, les journalistes qui opèrent à partir du Centre des médias – Zimbabwe à Harare, ont indiqué qu'ils se méfiaient des étrangers.

    "Nous (vivons) certainement dans la peur parce qu'il y a des étrangers que nous suspectons d’être des espions de l’Etat, qui ont été envoyés pour surveiller nos activités", a déclaré à IPS, Vimbai Kamoyo, un journaliste indépendant.

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