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ZIMBABWE: Des milices du parti au pouvoir propagent la peur de voter

    By Jeffrey Moyo

    HARARE, 22 mai (IPS) – Depuis avril, Gibson Severe et son épouse, Merjury Severe, des partisans connus de l'opposition dans le district de Hurungwe, dans la province du Mashonaland occidental, au Zimbabwe, se cachent à Harare, la capitale du pays.

    Des partisans du Mouvement pour le changement démocratique – Morgan Tsvangirai (MDC-T) ont été contraints de fuir leur domicile rural dans le district de Hurungwe après que des milices de l'Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) les ont menacés pour avoir encouragé les gens à participer à l'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles, qui a pris fin récemment.

    "Cela fait un mois que nous avons quitté le district de Hurungwe après que la milice Jochomondo, qui a des liens connus avec la ZANU-PF, a assiégé notre maison rurale, nous accusant d'avoir encouragé les gens à se faire enregistrer afin de voter pour le MDC-T", a déclaré Gibson Severe à IPS.

    Depuis 2012, la milice Jochomondo a soi-disant terrorisé des habitants du district de Hurungwe, un bastion de la ZANU-PF dans le nord du Zimbabwe, faisant qu’il est presque impossible pour les partis d'opposition de faire campagne dans la région.

    Merjury Severe a indiqué à IPS que les élections dans ce pays d'Afrique australe sont désormais associées aux menaces et à la violence.

    "Ce n'est pas la première fois que nous avons été l'objet d'intimidation. Au deuxième tour de la présidentielle de 2008, nous avons été battus parce que nous étions des sympathisants du MDC-T", a-t-elle affirmé.

    Les Zimbabwéens se rendront aux urnes peu avant la fin de cette année pour élire un nouveau président. L'actuel président Robert Mugabe, 89 ans, est au pouvoir depuis 33 ans dans un règne caractérisé par la corruption, l'oppression, des saisies de terres forcées et une économie en faillite.

    Toutefois, le Premier ministre Morgan Tsvangirai a déclaré récemment aux médias que la date des élections serait fixée seulement après l'achèvement de l’enregistrement des électeurs. Bien que l'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles soit terminé, les électeurs peuvent toujours se faire enregistrer au bureau de l’officier général de l’état civil.

    Mais comme le premier tour de l'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles durant 30 jours a pris fin le 19 mai, le processus a été marqué par de longues files d'attente, un enregistrement lent et l'intimidation de la part des gangs violents ayant des liens présumés avec la ZANU-PF.

    Pedzisai Ruhanya, directeur de l'Institut pour la démocratie au Zimbabwe, un groupe de réflexion indépendant sur les politiques publiques, a indiqué à IPS que le processus avait été émaillé de chaos. "L'exercice de l'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles n'a pas été correctement fait. C’était chaotique et caractérisé par un charcutage politique".

    Des milices liées à la ZANU-PF qui se font appeler Al-Shabaab, du nom du groupe terroriste islamique en Somalie, auraient menacé les électeurs de la province des Midlands.

    "L'exercice d'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles ici a contrarié les comparses de la ZANU-PF qui ont orienté leur colère vers des enseignants dans les communautés rurales, les prévenant farouchement contre le vote en faveur des (deux) formations MDC", a déclaré à IPS, un conseiller local de la province des Midlands. Le MDC s’est scindé en deux en 2006 pour devenir le MDC-T et le MDC-Ncube, qui est dirigé par le professeur Welshman Ncube.

    Des responsables originaires de Marondera, la capitale de la province du Mashonaland oriental, située à environ 72 kilomètres à l'est d’Harare, ont affirmé que des villageois ont été forcés par des milices présumées liées à la ZANU-PF de participer au processus d'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles.

    "Les gens étaient maltraités par des milices de la ZANU-PF, qui chantaient des chansons de la guerre de la libération et scandaient des slogans du parti, et forçaient les gens à (aller) se faire enregistrer pour voter", a indiqué à IPS, un responsable local du district de Marondera.

    La police des villes de Bindura et de Mazowe dans la province du Mashonaland central, qui sont situées à environ 90 km au nord d’Harare, a déclaré que les gens y vivent toujours dans la crainte d'une répétition des violences qui ont éclaté lors des précédentes élections dans le pays. Beaucoup ont juste peur de soutenir publiquement les partis politiques.

    "Personne ne porte des T-shirts à l’effigie du MDC-T ici après les élections violentes de 2008 qui ont fait des milliers de personnes mutilées. La ZANU-PF utilisera cela pour gagner cette élection, en rappelant aux gens les atrocités de juin 2008", a expliqué à IPS, un haut responsable de la police.'Amnesty International', un groupe mondial de défense des droits, a rapporté que le second tour de la présidentielle de 2008 s’était "déroulé dans un contexte de massacres généralisés, de torture et d'agressions contre des partisans perçus comme de l'opposition".'Human Rights Watch' a déclaré dans son rapport publié en janvier 2013, intitulé "Course contre la montre: la nécessité de réformes juridiques et institutionnelles avant les élections au Zimbabwe", que plus de 200 personnes étaient mortes dans les violences électorales de 2008.

    Jusque-là, aucune arrestation n'a été faite dans l’un quelconque des cas d'intimidation apparente. Toutefois, Rugare Gumbo, porte-parole de la ZANU-PF, a rejeté ces informations.

    "Il n'existe rien comme groupes terroristes liés à notre parti. Pourquoi devrions-nous tabasser les gens pour qu’ils se soumettent alors qu’il est bien connu que les MDC ont perdu des partisans au profit de la ZANU-PF?", a demandé Gumbo à IPS.

    Cependant, Rejoice Ngwenya, un journaliste politique célèbre, a déclaré à IPS que le processus d'enregistrement des électeurs par des équipes mobiles au Zimbabwe était entaché d’irrégularités.

    "L’enregistrement des électeurs par des équipes mobiles était décousu et fragile, peut-être délibérément. Il n'y a aucune sensibilisation des électeurs au Zimbabwe… la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC, son sigle anglais) n'a ni la capacité ni la volonté politique (de mener une sensibilisation des électeurs).

    "Mais les organisations de la société civile et les partis politiques font de leur mieux, bien qu’ils se heurtent toujours à une loi très peu coopérative – la Loi sur l'ordre public et la sécurité".

    Cette loi donne des pouvoirs immenses à la police, et beaucoup ont affirmé que Mugabe a utilisé les forces de sécurité du pays pour intimider l’opposition.

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