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ZIMBABWE: La protestation des vendeurs de rue suscite une révolution

    By Stanley Kwenda

    HARARE, 20 jan (IPS) – Il y a quelques comparaisons invraisemblables entre la vie professionnelle de Mohammed Bouazizi, le vendeur de fruits tunisien, qui a déclenché la révolution arabe, et Francis Tachirev, un vendeur de fruits au Zimbabwe.

    Les protestations qui l’ont déclenchée ont toutes commencé après que Bouazizi s'est immolé par le feu suite à la confiscation, par la police, de son chariot utilisé pour vendre des fruits. Des manifestations à l’échelle nationale après la mort de Bouazizi ont amené l'ancien président de la Tunisie, Zine El Abidine Ben Ali, à fuir le pays et à abandonner le pouvoir. La mort tragique de Bouazizi a changé le monde, déclenchant ce qui est aujourd’hui appelé le Printemps arabe.

    Comme Bouazizi le faisait, Tichareva gagne modestement sa vie en poussant son chariot de fruits à travers le quartier commercial central de Harare, la capitale zimbabwéenne, vendant ses marchandises. Et comme Bouazizi aussi, Tichareva craint que la police locale ne confisque ses produits, en particulier maintenant que la police du Zimbabwe et le 'Harare City Council' (Conseil municipal de Harare) ont lancé une campagne visant à chasser les vendeurs illégaux de la ville.

    Tichareva a commencé à travailler comme vendeur de fruits en 2008 lorsque l'usine de vêtements où il travaillait a fermé.

    "J’étais fatigué de chercher du travail et la seule façon de gagner ma vie était de fabriquer ce chariot et de commencer par vendre des fruits", a déclaré Tichareva à IPS, pendant qu’il avait un œil sur la police patrouillant dans les rues de Harare.

    La police et les responsables de la municipalité sillonnent la ville dans des camions, arrêtant les vendeurs qui vendent des produits sans autorisation et confisquant leurs marchandises. Les descentes sont souvent violentes au point où les vendeurs se sont maintenant organisés et ripostent. Le 11 janvier, le centre de Harare a été paralysé puisque des policiers et des vendeurs se sont battus, avec des vendeurs jetant des pierres à la police.

    Au cours des deux premières semaines de janvier, plusieurs policiers ont été blessés et un poste de police dans le centre-ville a été contraint de fermer pendant les affrontements. Le journal local, 'The Zimbabwe', a rapporté que deux vendeurs ont dû être hospitalisés après avoir été torturés par la police. Le journal a également écrit que des journalistes du journal local 'The Daily News' avaient été détenus par la police pour avoir couvert l'événement.

    Bien que les manifestations soient loin de déclencher une révolution au Zimbabwe, la détermination des vendeurs de lutter pour leurs moyens de subsistance est un signe que les gens ne resteront plus silencieux face à leur souffrance.

    Eldred Masunungure, un professeur des sciences politiques à l’Université du Zimbabwe, qui étudie les tendances politiques et sociales, a déclaré à 'Daily News' que bien que ce soit inouï au Zimbabwe de se battre contre la police, le fait que des civils commencent à le faire est un signe des temps.

    "Les gens en ont marre de leur souffrance et cela pourrait être la seule façon pour eux de montrer leur amertume. La plupart d'entre eux essaient de gagner leur vie en vendant des articles, bien que la police les brutalise", a souligné Masunungure à 'Daily News'. "Ils auraient pu décider de riposter aux policiers parce qu'ils étaient fatigués de la situation".

    Comme Tichareva, bon nombre des vendeurs ne peuvent pas payer 125 dollars par mois pour les frais de licence afin d’obtenir un permis légal de vendre des fruits dans la ville. Tichareva a déclaré à IPS qu'il ne gagne que, tout au plus, 90 dollars par mois.

    Et comme Bouazizi, il en a marre de la police. L’histoire de Bouazizi est celle qui n'a pas échappé à l'attention de ce vendeur de rue dans cette nation d'Afrique australe.

    Non loin de là où Tichareva vend ses produits, il y a des vendeurs de journaux et il jette souvent un regard sur les gros titres du jour. Il a expliqué à IPS qu'il avait lu des articles sur Bouazizi, mais qu’il ne songera pas à s’immoler par le feu, même s’il est confronté aux mêmes défis que Bouazizi.

    "J'ai lu l'histoire, mais je ne vais pas me tuer. Si la police m'attaque, je vais riposter", a affirmé Tichareva, ajoutant que "nous travaillons dur, mais elle nous accule trop. Que veut-elle que nous fassions?".

    Beaucoup d'autres vendeurs partagent les sentiments de Tichareva. Plusieurs femmes et hommes continuent d’essaimer les allées du centre de Harare, vendant toutes sortes de marchandises au mépris de la répression policière.

    "Nous combattons la police parce que ce sont eux qui ont commencé à nous attaquer. Ils ont saisi nos marchandises pour les manger ou les vendre chez eux alors que nous aussi nous cherchons à survivre", a souligné à IPS, Tafadzwa Nyamupfachitu, 27 ans, une mère de triplés de six ans.

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