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ZIMBABWE: Le micro-crédit aggrave la 'maladie de janvier'

    By Ignatius Banda

    BULAWAYO, 19 jan (IPS) – Thomas Dlakama a vécu ce qu'il appelle "la maladie de janvier" durant toute sa vie professionnelle. Ce phénomène touche des millions de personnes au Zimbabwe, un pays d’Afrique australe.

    Ses symptômes comprennent un porte-monnaie vide, une tension artérielle montante chez les soutiens de famille coléreux, et un espoir général inexplicable pour une manne venue du ciel.

    Elle se manifeste pendant le premier mois de l'année, et pour Dlakama, elle est devenue un rituel gênant dans lequel ses fonds sont épuisés après la saison des fêtes et il est obligé de commencer à penser aux contributions scolaires de ses enfants, à son propre budget en tant que fonctionnaire mal payé, aux factures et tout le reste.

    Janvier "est un moment terrible de l'année, et il est devenu une tradition pour moi de commencer à emprunter de l'argent peu après le jour du Nouvel An", déclare Dlakama à propos de la maladie de janvier et de sa relation avec la microfinance durant toute sa vie.

    Il est l'un des nombreux travailleurs mal payés qui se voient aller directement vers les institutions de microfinance à Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe, où des travailleurs tels que les fonctionnaires constituent l'essentiel de la clientèle malgré des inquiétudes concernant la mauvaise régulation, qui a engendré des organisations de micro-crédit peu scrupuleuses.

    "Les prêteurs d'argent profitent de notre pauvreté en exigeant des taux d'intérêt absurdes", s’est plaint Dlakama.

    Les institutions de microfinance pratiquent des taux d'intérêt compris entre 30 et 40 pour cent, tandis que les prêteurs d'argent informels, qui n’exigent pas de garanties, peuvent prendre jusqu'à 50 pour cent d'intérêt.

    La microfinance est réapparue après que le Zimbabwe a suspendu l'utilisation de sa monnaie comme une devise légale en 2009 – le dollar zimbabwéen a été remplacé par des devises étrangères comme l'euro, le dollar américain, la livre sterling, le rand sud-africain, et le kwacha zambien – afin de mettre un terme à l'hyperinflation.

    La faiblesse des salaires oblige Dlakama et d’autres travailleurs à rechercher des micro-crédits afin de se prémunir contre les difficultés économiques.

    Mais bien qu’il soit promu à la fois par le gouvernement et des organismes de développement comme un acteur crucial dans les pays en développement, où des millions de personnes ont de faibles revenus, le secteur de la microfinance au Zimbabwe a été critiqué pour le fait qu’il crée des pièges de la dette pour les pauvres en pratiquant des taux d'intérêt élevés.

    Les institutions de microfinance (IMF) font leurs prêts en fonction du salaire mensuel du client. Et dans un pays où il existe des disparités flagrantes entre les revenus et le coût du panier alimentaire du consommateur, ils sont devenus un terrain fertile pour les entreprises fictives de prospérer, indiquent des analystes ici.

    Le 'Consumer Council of Zimbabwe' (Conseil des consommateurs du Zimbabwe) affirme qu’une famille moyenne de six membres a besoin de plus de 500 dollars US par mois pour satisfaire les besoins fondamentaux, y compris les factures de services publics, alors que le 'Zimbabwe Congress of Trade Unions' (Congrès des syndicats du Zimbabwe) signale que certains de ses membres gagnent 100 dollars par mois.

    Des fonctionnaires tels que les enseignants, qui sont devenus les principaux clients des IMF, qui les ciblent en raison de leurs salaires fixes, gagnent un peu plus de 300 dollars par mois.

    "Je connais trop bien la maladie de janvier", déclare Jennifer Darirai, une enseignante du secondaire.

    "J'ai quatre enfants qui fréquentent tous un pensionnat, et avec mon salaire, je ne peux pas répondre à toutes ces obligations et je suis obligée de me tourner vers les organisations de microfinance, mais un peu à contrecœur. Que puis-je faire?", a-t-elle confié à IPS.

    C'est ce désespoir qui a amené les IMF à pousser comme des champignons à travers le pays. Et bien que le ministère des Finances ait souligné qu'il y avait 37 institutions de microfinance légalement agréées à la fin de 2010, les responsables du secteur estiment que le nombre pourrait bien se situer dans les centaines, puisque beaucoup opèrent à partir de bureaux fictifs sans autorisation.

    La politique de microfinance est régie par la 'Financial Laws Amendment Act' (Loi d’amendement des lois de finances), qui exige que les institutions financières non bancaires soient agréées.

    "Il y a trop d’organisations de microfinance qui poussent comme des champignons et profitent de la pauvreté des gens; ce dont nous avons besoin, c'est un suivi plus rigoureux", a indiqué Garfield Murombedzi, un conseiller principal en microfinance dans une banque locale.

    "Nous voyons cela trop souvent – des gens qui viennent demander des prêts bancaires pour payer des dettes ailleurs. Il est évident que quelque chose ne va pas quelque part", a déclaré Murombedzi.

    "Mais nous n’arrivons pas toujours à suivre, car même les entreprises dont les licences ont expiré continuent de fonctionner comme d'habitude, alors qu’au même moment, d'autres opèrent sans se soucier de l'agrément", a-t-il ajouté.

    Depuis l'indépendance du pays en 1980, la microfinance est considérée comme une source d'argent facile, et n'a pas réussi à susciter des critiques selon lesquelles elle a maintenu des gens à faible revenu dans une dette perpétuelle.

    Sam Dube, qui dirige une institution de microfinance à Bulawayo, affirme que les appels pour un suivi plus rigoureux sont justifiés, mais qu'ils présentent les activités de tout le secteur comme "profitant de la situation".

    "Nous comprenons les inquiétudes soulevées par certaines personnes, mais je crois que cela a été largement dû aux prêteurs peu scrupuleux", a souligné Dube.

    "Certains d'entre nous sont des banquiers qualifiés et connaissent bien les règlements du secteur. Mais ces gens qui nous donnent une mauvaise réputation et pratiquent des taux d'intérêt exorbitants, prennent les biens des gens sans justification, opèrent en dehors de notre mandat", a indiqué Dube.

    "Nous sommes une industrie bien réglementée, mais comme toute autre, vous trouverez sûrement des escrocs parmi nous", a-t-il expliqué à IPS.

    La 'Zimbabwe Association of Microfinance Institutions' (Association des institutions de microfinance du Zimbabwe) affirme que les membres qui ne respectent pas la réglementation, risquent d'être radiés.

    Mais Murombedzi a déclaré que les gens à court d'argent ne cherchent pas souvent à savoir si ces institutions sont agréées ou pas, ou si elles pratiquent les taux d'intérêt recommandés.

    "Je pense que c'est la question qui est importante ici: beaucoup de secteurs au Zimbabwe exigent l’autorégulation, mais les gens bafouent leurs propres règles; sûrement une autorité supérieure doit intervenir", a souhaité Murombedzi, se référant au mauvais suivi de la microfinance.

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