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ZIMBABWE: Le pays se bat pour formaliser le secteur informel

    By Tatenda Dewa

    HARARE, 30 avr (IPS) – Le vaste secteur informel du Zimbabwe pourrait aider à accroître les recettes publiques s’il est régularisé, mais cela n'arrivera pas tant que le gouvernement ne crée des incitations pour que le secteur informel se fasse agréer, déclarent des économistes.

    "La formalisation du secteur informel améliorerait considérablement les flux de recettes grâce aux impôts prélevés sur les salaires des employés, aux droits d'importation, aux droits de propriété et à d'autres formes de d’impôts sur le secteur. Cependant, il est nécessaire de créer des incitations pour que le secteur informel se fasse agréer", a expliqué à IPS, Eric Bloch, un économiste basé à Bulawayo, la capitale économique du Zimbabwe.

    Une enquête réalisée en 2013 par FinScope, qui est maintenant utilisée par les responsables gouvernementaux comme référence, indique que 2,8 millions de micro, petites et moyennes entreprises – dont 85 pour cent ne sont pas enregistrées – ont créé 5,7 millions d'emplois informels. Ces entreprises génèrent un chiffre d'affaires d'environ 7,4 milliards de dollars, selon l'enquête.

    Ministre des Finances et du Développement économique, Patrick Chinamasa, a déjà mis en lumière la croissance du secteur informel et son importance pour l'économie dans ce pays d'Afrique australe.

    En février, répondant aux questions devant le parlement, Chinamasa a déclaré: "Notre économie est maintenant informelle … C'est la réalité de notre économie et c'est une réalité que nous devons reconnaître et prendre des mesures sur la façon de puiser dans ce secteur".

    Godfrey Kanyenze, un économiste et directeur de l'Institut de recherche sur le développement économique et de la main d’œuvre du Zimbabwe, un groupe de réflexion du Congrès des syndicats du Zimbabwe, a expliqué que le gouvernement n’arrive pas à financer les programmes publics parce que le trésor avait du mal à mobiliser des fonds à partir de l'industrie existante et de la main-d’œuvre.

    "Il n’y a aucun moyen pour le gouvernement de pouvoir maximiser la collecte des recettes dans le secteur informel si ce dernier n'est pas régularisé. Le gouvernement doit trouver une stratégie qui marche pour s’assurer que le secteur informel est formalisé et taxé afin d’améliorer la collecte des recettes, qui est actuellement dans un état lamentable", a-t-il indiqué à IPS.

    Il a affirmé que le gouvernement perd aussi parce que le 'Zimbabwe Revenue Authority' (Trésor public du Zimbabwe – ZIMRA) avait du mal à taxer les petites et moyennes entreprises agrées.

    Le secteur formel est négativement affecté pendant plus d'une décennie par le retrait des investissements, la faible confiance des investisseurs, des pannes d'électricité rampantes et une économie en difficulté qui a été marquée par une hyperinflation et des pénuries aiguës.

    Kanyenze a dit que pour assurer un suivi efficace, le gouvernement doit organiser le secteur informel en des groupes sur la base ses services ou produits qu'il fournit ou produit. Il déclaré que le gouvernement devrait également offrir des services de développement des affaires et de formation au secteur et élaborer des mécanismes pour les protéger et les promouvoir.

    John Robertson, un économiste, a déclaré à IPS que la formalisation des entreprises informelles apporterait une série d'autres avantages.

    "En plus de l'amélioration de la collecte des recettes et l'encouragement pour une meilleure performance du secteur public, la formalisation du secteur informel assurerait, on l’espère, de meilleures conditions de travail pour les millions de personnes considérés comme y étant employés. Ils bénéficieraient des avantages liés au secteur formel tels que les programmes d'aide médicale, la retraite, une meilleure sécurité au travail et la possibilité de négocier les salaires", a-t-il souligné.

    Tapson Mandiziva, qui travaille en tant que menuisier assistant dans une entreprise non agréée de fabrication de meubles à Glenview, une banlieue d’Harare à faible revenu, ne bénéficie pas de tels avantages.

    "Je n'ai pas de contrat de travail et mon patron me paye comme et quand il veut. Parfois, il fait d'énormes bénéfices à partir de la vente des armoires et des meubles de cuisine que nous fabriquons, mais utilise l'argent pour acheter des voitures et des objets personnels et ne nous paie pas. Quand il le fait, l'argent est trop petit et il a renvoyé des ouvriers pour des motifs peu solides", a indiqué Mandiziva, 31an, à IPS.

    Pendant ses trois années de travail pour l'entreprise de fabrication de meubles, le salaire le plus élevé qu'il a perçu est de 200 dollars par mois. Mais Mandiziva affirme qu'il passe parfois jusqu'à quatre mois sans percevoir de salaire et ne reçoit pas de paiements à effet rétroactif.

    La police et les autorités municipales font des descendent périodiques sur des industries d’arrière-cour comme celle pour laquelle Mandiziva travaille. Ils ont été accusés de confiscation de produits ou extorsion de pots de vin aux entreprises qui opèrent sans licence. Il y a aussi des allégations selon lesquelles ils vendent les produits saisies dans un bureau de vente aux enchères où les agents ou les autorités locales sont les seuls acheteurs.

    Innocent Makwiramiti, un économiste et ancien directeur général de la Chambre nationale de commerce du Zimbabwe, a déclaré à IPS que les descendes illégales pourraient être évitées si le secteur informel était régularisé.

    "Les agents de police, les responsables municipaux et du ZIMRA collectent des milliers de dollars en pots de vin auprès des commerçants informels et, dans certains cas, forcent les commerçants à renoncer à une partie de leurs gains comme frais de protection contre ces descentes".

    "Une partie de cet argent irait vers le trésor si le secteur informel avait été enregistré et obligé de respecter les règlements sur les entreprises et la fiscalité", a-t-il expliqué.

    Toutefois, la formalisation et la taxation du secteur informel ne sera pas facile, selon les experts.

    "Le plus grand obstacle, c’est la réticence des petites entreprises à se faire enregistrer. Elles ont tendance à penser que la formalisation les ouvrirait à trop de contrôle qui pourrait affecter la génération de leurs revenus. Comme la plupart d'entre elles sont gérées par des individus et des familles qui voient l’adhésion aux droits du travail comme un fardeau, elles demeureraient plutôt comme elles sont", a indiqué Bloch.

    L'édition de février de la Revue de l'administration publique et du développement montre qu'il existe de nombreux obstacles auxquels le gouvernement est confronté dans ses efforts pour exploiter les impôts du secteur informel et des petites et moyennes entreprises agréées. Cela inclut les contraintes administratives et en matière de main-d’œuvre du ZIMRA.

    Selon cette revue, beaucoup d’entreprises seraient réticentes à payer des taxes à cause des inquiétudes selon lesquelles "les taxes collectées ne seront pas utilisées dans l’intérêt du pays".

    Beaucoup sont également mécontentes de la prestation des services de mauvaise qualité et du fait que certains hommes d’affaires qui ont des liens politiques sont en train d’être ignorés alors qu’ils n’ont pas payé d'impôt.

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