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ZIMBABWE: Les fermiers abandonnés au milieu des luttes pour le pouvoir

    By Busani Bafana

    NKAYI, Zimbabwe, 20 juin (IPS) – Au cours des cinq dernières années, Melusi Mhlanga, un agriculteur du Zimbabwe, a dépensé près de 200 dollars à chaque saison pour les intrants, mais les rendements de maïs n’ont pas atteint son investissement.

    "Grâce aux bonnes pluies, j'ai pu obtenir plus de 20 sacs sur mon champ de deux hectares, mais maintenant, je trouve à peine 10 sacs", déclare Mhlanga, qui a parlé à IPS dans sa ferme où il est passé à l'élevage.

    "De bonnes pluies sont importantes pour les agriculteurs, mais c'est aussi le savoir-faire, qui a été un défi pour moi, et j'ai décidé de me concentrer plus sur l'élevage et la gestion d'une entreprise que sur la production de cultures".

    Mhlanga gère un magasin général, un magasin de bouteilles et un moulin, qui selon lui, constituent les nouvelles sources de revenu pour lui et sa famille, puisque le maïs a échoué. Il cultive actuellement le sorgho et le millet pour la subsistance.

    Les services de vulgarisation, de sensibilisation et de conseils fournis par les institutions techniques locales sont essentiels pour conseiller les agriculteurs sur les meilleures pratiques agronomiques pour renforcer la productivité et la sécurité alimentaire. Des fermiers comme Mhlanga sont des modèles potentiels dans un secteur agricole bien financé.

    Cependant, les investissements publics dans l'agriculture au Zimbabwe ont été détournés par des priorités politiques au détriment des gains alimentaires et économiques à long terme. Autrefois premier contributeur au produit intérieur brut, l'agriculture est aujourd'hui deuxième après l'exploitation minière. Le tabac reste toujours le principal produit agricole destiné à l’exportation.

    Au centre de la réussite de l'agriculture au Zimbabwe, se trouve son principal atout – la terre. Les réformes ont mis davantage de terres à la disposition de plus de personnes.

    Mais sans investissement, il n'existe aucun financement bon marché pour acheter des équipements et des intrants, ni aucun service de vulgarisation convenablement financé et doté de ressources.

    "L'agriculture et la terre sont devenues un jeu politique entre les principaux partis du pays, et avec les donateurs", a déclaré à IPS, Ian Scoones, un écologiste agricole et chercheur à l'Institut des études du développement à l'Université de Sussex, au Royaume-Uni, qui a longuement étudié le secteur agricole du Zimbabwe.

    "Ni la ZANU-PF [le parti au pouvoir au Zimbabwe], ni le MDC [le principal parti d'opposition] n’ont une politique cohérente de développement agricole et rural. Aucun n’a pensé aux travers des implications de la réforme agraire".

    Scoones, co-auteur du livre salué par la critique, intitulé "La Réforme agraire du Zimbabwe: mythes et réalités", explique que historiquement, le Zimbabwe a investi massivement dans l'agriculture – dans la période pré-indépendance avec l'accent sur le renforcement de l'agriculture commerciale des Blancs, et les petits fermiers dans les zones communautaires de la période qui a immédiatement suivi l'indépendance.

    "Depuis 2000, le programme de réforme agraire a pris le pas, et, pendant une période, l'investissement agricole a été directement géré par la Banque centrale du Zimbabwe", a expliqué Scoones. "La plupart de ces dépenses étaient inappropriées, corrompues et très mal orientées. Depuis 2009, avec la stabilisation de l'économie, il y a eu quelques investissements limités, mais pas assez".

    Eric Bloch, un analyste économique, a indiqué que le Zimbabwe peut restaurer ses fortunes agricoles, mais doit d'abord s'attaquer à la charge de sa dette extérieure, convertir les lettres d'offre actuelles de terre en des contrats de bail transférables, et clarifier l’application de la Loi sur l'indigénisation, qui exclut des investisseurs potentiels.

    "Nous sommes dans une situation d'insécurité alimentaire puisque nous sommes toujours dépendants de l'aide alimentaire internationale et des importations de maïs", a expliqué Bloch à IPS. "Nos projections de maïs pour la saison 2012-2013 sont en dessous de trois millions de tonnes, pourtant notre besoin national est de 1,8 million de tonnes. C'est pourquoi nous importons 1,5 million de tonnes de la Zambie et d'autres pays".

    Le Programme alimentaire mondial estime que jusqu'à 1,6 million de Zimbabwéens auront besoin d'aide alimentaire après une mauvaise récolte des petits agriculteurs qui contribuent pour environ 50 pour cent à la récolte nationale de maïs.

    "Les seules fois que le gouvernement a mis beaucoup de ressources dans l'agriculture, c’est au cours des années électorales pour des raisons évidentes", a souligné à IPS, Peter Gambara, un économiste agricole et fermier.

    "Cette année, le ministre [Tendai] Biti a essayé de mettre plus de ressources dans l'agriculture parce que c’est maintenant admis que la performance du secteur agricole affecte la performance de toute l'économie, et il a été critiqué par d'autres ministres et le président de n’avoir pas alloué des ressources suffisantes à un secteur aussi important comme l'agriculture".

    Dévoilant le budget 2013 du Zimbabwe, le ministre des Finances, Tendai Biti, a prévu que l'agriculture augmentera de 4,6 pour cent, en hausse à partir d’un taux négatif de 5,8 pour cent en 2008, une année tumultueuse.

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