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ZIMBABWE: Mugabe entame un autre mandat présidentiel

    By Jeffrey Moyo

    HARARE, 22 août (IPS) – Robert Mugabe a prêté serment jeudi à Harare pour un autre mandat de cinq ans comme président du Zimbabwe après avoir occupé la fonction pendant les 33 dernières années.

    Et il le fera alors que des analystes dans le pays soulèvent des inquiétudes selon lesquelles une récente décision de la Haute cour recommandant l'arrestation des avocats du Premier ministre sortant, Morgan Tsvangirai, pour outrage à la cour, pourrait être le début d'une oppression politique.

    "La décision [du 20 août] du juge de la Haute cour, Chinembiri Bhunu, d'arrêter les avocats de Tsvangirai peut être un signe d'autres arrestations imminentes puisque le parti au pouvoir tente de resserrer son emprise politique ici en faisant taire les voix des partis politiques de l'opposition", a déclaré à IPS, Masimba Kuchera, un analyste politique indépendant.

    Les avocats de Tsvangirai, Lewis Uriri, Alec Muchadehama et Tarisai Mutangi, ont déposé une requête auprès de la Cour constitutionnelle en son nom pour faire annuler le vote du 31 juillet au Zimbabwe, affirmant qu'il n’a pas respecté les normes minimales de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour un scrutin équitable.

    Ils ont estimé que l'élection s'est déroulée sans les réformes sur les médias et le secteur de la sécurité, et qu’il y a eu une généralisation de la fraude électorale.

    Tsvangirai a également déposé deux recours urgents auprès de la Haute cour du Zimbabwe pour accéder aux résultats des élections afin de les utiliser comme preuves dans sa contestation devant la Cour constitutionnelle. Il est accusé d'avoir mis en cause l'intégrité du pouvoir judiciaire dans ces recours.

    La Haute cour n'a pas statué immédiatement sur la question et le 16 août, un jour avant l'audience de la Cour constitutionnelle, Tsvangirai a retiré sa contestation puisqu’il estimait qu'il ne bénéficierait pas d’un procès équitable sans le matériel de vote requis.

    Cependant, le 20 août, la Cour constitutionnelle a pris sa décision, affirmant que constitutionnellement, il n'existait aucun principe juridique autorisant le retrait du dossier.

    Et le 20 août aussi, Bhunu s'est prononcé contre les deux recours déposés par Tsvangirai pour accéder aux documents électoraux, et a recommandé l'arrestation des avocats du Premier ministre sortant.

    Cependant, Douglas Mwonzora, porte-parole du parti de Tsvangirai, le Mouvement pour le changement démocratique-Tsvangirai (MDC-T), a indiqué à IPS qu'ils n'étaient pas surpris par la décision de la Cour constitutionnelle et exploraient désormais d'autres moyens politiques pour protester contre les résultats de l'élection.

    "Alors que nous cherchions à retirer notre contestation électorale, la cour ne pouvait nous autoriser à le faire. Nous ne sommes pas surpris par cette décision parce que nous l’avons vu venir après que nous avons été privés de l'accès au matériel de vote utilisé le jour des élections, que nous voulions exploiter comme preuve pour appuyer notre dossier sur la fraude électorale massive organisée par la [Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique] ZANU-PF", a déclaré Mwonzora à IPS.

    Owen Dliwayo, chargé de programmes pour 'Youth Dialogue Action Network', un groupe local de pression pour la démocratie, a affirmé que la décision de la Cour constitutionnelle était un stratagème désespéré pour légitimer la victoire électorale contestée de Mugabe.

    "La cour a simplement traité l'affaire de Tsvangirai comme un moyen de légitimer la réélection contestée du vieux dirigeant. Si le MDC-T avait été autorisé à retirer [son affaire], Mugabe aurait pu faire face à une crise de légitimité dans la région d'Afrique australe", a déclaré Dliwayo à IPS.

    Chercheur principal pour la division Afrique de 'Human Rights Watch', Dewa Mavhinga, a expliqué que la décision de la Cour constitutionnelle signifie que le MDC-T devra soulever ses revendications auprès des organismes régionaux.

    "La décision de la cour laisse le leader du MDC-T avec des options d'exercer des recours juridiques régionaux et internationaux, y compris auprès de la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples de [l’Union africaine]", a déclaré Mavhinga à IPS.

    Toutefois, le MDC-T peut ne pas avoir de succès avec la SADC. La victoire de Mugabe a été légitimée lors du sommet des chefs d’Etat de la SADC au Malawi du 17 au 18 août. Mugabe avait été accueilli par des acclamations et deux ovations debout.

    L’actuelle présidente de la SADC, la présidente du Malawi, Joyce Banda, a félicité Mugabe pour la tenue des élections pacifiques dans son pays et a promis l’appui total de l'organisation. Lors du sommet, Mugabe a été nommé vice-président, et président du prochain sommet, de l'organisme régional.

    "En clair, le MDC-T peut être en train de mener une bataille perdue. Mugabe dirige maintenant clairement la SADC compte tenu de son ancienneté politique sur Banda, qui peut être en train de recevoir bientôt des instructions du vétéran politicien âgé. Cela met le MDC-T dans une situation difficile", a expliqué à IPS, Malvern Tigere, un analyste politique indépendant.

    Pendant ce temps, des activistes de la démocratie affirment qu'ils sont troublés par l'approbation de l'élection par la SADC.

    "La SADC a déçu les Zimbabwéens et a avancé un faux précédent pour des élections démocratiques ici, ce qui tue les espoirs du peuple de changer les choses à travers un processus électoral", a indiqué à IPS, Thabani Nyoni, porte-parole pour la 'Crisis in Zimbabwe Coalition' (Coalition sur la crise au Zimbabwe), un regroupement de 70 groupes de défense des droits dans le pays.

    Claris Madhuku, directrice de la Plateforme pour le développement de la jeunesse, un groupe de pression pour la démocratie dans le pays, a déclaré à IPS: "Maintenant, Mugabe est légitimé à la fois par la SADC et la Cour constitutionnelle ici. Il deviendra plus confiant et sera plus têtu… sur la base qu'il a obtenu la légitimité".

    Cela ouvre la voie pour que Mugabe prête serment ce jeudi, qui a été déclaré journée fériée dans le pays.

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