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ZIMBABWE: Voter pour sauver l’économie du pays

    By Jeffrey Moyo

    HARARE, 2 août (IPS) – Les Zimbabwéens ont voté mercredi pour élire leur président entre le Premier ministre du gouvernement d’union, Morgan Tsvangirai, et le président sortant Robert Mugabe au pouvoir depuis 33 ans.

    A la veille du scrutin, lors d'un récent meeting de campagne dans la province des Midlands, au Zimbabwe, le Premier ministre Tsvangirai, a promis d’installer des entreprises dans les zones rurales afin de créer des emplois.

    C'était une promesse adressée à la sociologue Agnes Ngwenya, 34 ans, qui est diplômée de l'Université du Zimbabwe il y a 10 ans, mais n'a pas encore trouvé de travail.

    Elle s’est mise à chanter et à ululer avec joie, pendant qu’elle sautait et tournoyait avec optimisme, agitant un drapeau rouge – une marque distinctive du Mouvement pour le changement démocratique – Tsvangirai (MDC-T).

    Le MDC-T promet de créer une économie de 100 milliards de dollars d’ici à 2018, renforcée par l'investissement direct étranger. Pendant ce temps, le parti dissident, MDC-Ncube, dirigé par le professeur Welshman Ncube, base sa campagne sur la décentralisation de la gouvernance.

    "Croire que le manifeste de campagne 2013 de l'Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) transformera un jour la vie de nombreux Zimbabwéens qui souffrent après trois décennies de pouvoir du parti, est une impossibilité certaine et absolument faux", déclare Ngwenya à IPS.

    Les Zimbabwéens se sont rendus aux urnes le 31 juillet, au milieu des informations faisant état d'intimidations, de menaces de violence et d’enlèvements. Mais les économistes dans le pays estiment qu'il importe peu si le MDC-T de Morgan Tsvangirai ou la ZANU-PF du président Robert Mugabe remporte l'élection, car aucun ne sera en mesure d'inverser sitôt l'effondrement économique du Zimbabwe.

    Kingston Nyakurukwa, un économiste, indique que les deux partis ont des plans irréalistes pour résoudre les problèmes économiques du Zimbabwe.

    "Bien que j’approuve que le MDC-T semble avoir un meilleur plan pour sauver le pays des décennies de crise économique, généralement, les manifestes crayonnés par les partis décidés à s'affronter lors des élections de cette année sont irréalistes, exagérés et reflètent l'ambition des partis qui se battent pour gouverner ce pays au lieu des moyens pragmatiques pour stopper les difficultés économiques du pays", souligne Nyakurukwa à IPS.

    Entre 2003 et 2009, l'inflation d'année en année de ce pays d'Afrique australe a été annoncée comme étant de 231 pour cent. La Banque centrale du Zimbabwe a été contrainte d'émettre un billet de 100 trillions de dollars zimbabwéens et a finalement arrêté d’imprimer de l'argent en 2009, optant pour l’adoption d’un régime à devises multiples.

    Non seulement cela, le chômage est ridiculement élevé. Un rapport publié en 2009 par l'Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires indiquait que le taux de chômage du pays était de 94 pour cent. Une grande majorité travaille aujourd'hui dans le secteur informel.

    Une grande partie de l'effondrement économique du pays a été imputée aux politiques de Mugabe, qui incluent un programme controversé de réforme agraire qui a commencé en 2000 et a vu plus de 300.000 personnes occuper de force les terres appartenant précédemment à environ 4.000 fermiers commerciaux blancs.

    L’autre domaine de politique controversé est l’investissement étranger.

    Par contre, pour Evelyn Chatsi, 21 ans, du district de Mwenezi, à environ 144 kilomètres au sud-ouest de Masvingo, la plus vielle ville du Zimbabwe, cela n'est pas du tout controversé. Elle estime qu'il s’agit d’une solution pour l'amélioration de son avenir économique.

    "Je sais que la ZANU-PF ne trahira pas les jeunes. Le parti a élaboré la politique d'indigénisation afin d'autonomiser des jeunes comme nous et à partir du 31 juillet, nos vies connaîtront un changement, avec le président Robert Mugabe de nouveau à la tête du leadership", affirme Chatsi à IPS.

    Selon la Loi 2007 sur l'indigénisation et l'autonomisation économique, les entreprises appartenant aux étrangers sont tenues de vendre 51 pour cent de leurs actions aux nationaux afin de stimuler la croissance économique.

    Mais certains investisseurs craignent de perdre leurs investissements à travers cette politique. Analyste économique indépendant, John Robertson, affirme qu'elle a fait fuir les investisseurs et a conduit plusieurs entreprises à fermer les portes après avoir été rachetées par les nationaux.

    "Avec l'indigénisation, nous avons attiré très peu de nouveaux investissements ici et causé la fermeture de plusieurs entreprises qui offraient des emplois à beaucoup de gens ici", souligne Robertson à IPS.

    Selon le Conseil des consommateurs du Zimbabwe, 85 entreprises ont fermé les portes à Harare, la capitale, en 2012 et plus de 100 ont cessé leurs activités à Bulawayo, dans le sud, entre 2009 et 2013.

    Araj Mouri, un homme d'affaires indien basé au Zimbabwe, déclare à IPS: "Nous ne pouvons certainement pas faire confiance à un parti dont le but est d'avoir les mains sur nos investissements sans apporter son propre capital. Nous regardons donc ce théâtre d'élection avec scepticisme".

    Claris Madhuku, directrice de la Plateforme pour le développement de la jeunesse, un groupe de pression pour la démocratie, convient que la politique d'indigénisation et d’autonomisation économique de la ZANU-PF a échoué et affirme qu'elle a provoqué un "désordre dans le pays, avec beaucoup de personnes liées au parti, qui se bousculent pour s’emparer des entreprises appartenant aux étrangers".

    "Bien que le manifeste du MDC-T soit raisonnable, [il est] trop ambitieux, ce qui peut être aussi difficile à mettre en œuvre. Les partis politiques veulent le pouvoir; ils ne reflètent pas ce qu'ils disent", dit-il à IPS.

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